Chroniques de l’ISS – #1

Les précurseurs de l’ISS

11 mai 2021

La station spatiale internationale ou ISS ne s’est pas bâtie à partir de rien, elle est l’aboutissement d’une lignée de prédécesseurs plus ou moins chanceux.
Dans les années après-guerre, les grandes nations spatiales, USA et URSS en tête se posaient la question de savoir si l’Homme pourrait vivre dans l’espace, l’idée de stations spatiales germait dans les cerveaux de Korolev et Von Braun. C’était pour eux le premier pas vers les autres planètes. Leur avènement était alors inéluctable.

Remémorons-nous les ancêtres de l’ISS :
• La station soviétique Saliut
• La station US Skylab
• La station russe Mir
• La station internationale l’ISS

De nombreux compétiteurs vont arriver ou arrivent dans ce domaine :
• Les Russes veulent leur propre station
• Les Chinois aussi
• Les USA, les Japonais et les Européens veulent une station lunaire

Voyons en quelques mots ces glorieux ancêtres :

Les stations Saliut
Ce sont les Soviétiques qui dégainèrent les premiers avec la première station habitable Saliut 1 lancée en 1971. N’oublions pas que les Soviétiques viennent de perdre la course à la Lune, ils avaient besoin de ce succès : être les premiers à avoir une station orbitale. Elle est lancée par une puissante fusée Proton, et permet d’accueillir trois cosmonautes, qui s’y rendent grâce à un module Soyuz. Plus tard une version plus évoluée de Saliut possédera deux ports d’amarrage, permettant ainsi d’accepter deux Soyuz ou un Soyuz et un Progress vaisseau de ravitaillement (vaisseaux toujours utilisés).

Saliut est formée d’une seule structure de 18t qui rentre sous la coiffe d’une Proton et donne à l’équipage un volume de 100m3 à disposition. Pour un équipage de trois (deux plus tard) ce n’est pas trop mal, on fera mieux avec les MIR et ISS. Saliut comprend un laboratoire orbital et une partie habitation.

Éclaté d’une station type Saliut 4 (Crédit : NASA)

Progressivement, les Russes améliorent aussi la station et lancent de nombreux modèles, dont certains militaires porteront le nom d’Almaz. La nouvelle génération ce sera Saliut 6 et 7 avec deux ports d’amarrage. Saliut 6 est lancée en 1977 et Saliut 7 en 1982. Il est à noter que c’est cette station qui emporte le premier astronaute français Jean-Loup Chrétien le 24 juin 1982.

La station Skylab. Crédit : NASA

La station Skylab

Lorsque l’Amérique gagne la course à la Lune, le public se désintéresse peu à peu de l’espace, et les missions suivant Apollo 17 sont annulées (A18 à 20) par la NASA et le Congrès. Il restait alors des capsules (l’une deviendra Apollo 18, rendez-vous avec Soyuz) et des lanceurs Saturn V. En bricolant astucieusement le troisième étage

d’une de ces fusées (le S-IVb) celui-ci deviendra la structure de Skylab. On va l’équiper de larges panneaux solaires pour fournir l’électricité à bord. Il sera surmonté d’un système d’adaptation pour recevoir une capsule Apollo et le télescope. Elle deviendra la première station spatiale américaine de 1973 à 1979.

La vie de Skylab n’a pas été non plus un long fleuve tranquille. Quelque chose s’est mal passé au lancement du laboratoire orbital, les contrôleurs au sol notent que la température intérieure augmente énormément, de même, le niveau de production d’électricité n’est pas conforme, les panneaux solaires ne semblent pas fonctionner. La première équipe a été envoyée pour réparer, et ça a marché ! Skylab devient opérationnelle et accueillera 3 équipages. On parle peu de ces missions qui ont été précurseurs de l’ISS et qui ont apporté une multitude d’informations à ceux qui vont développer cette ISS.

La station Mir. Crédit : NASA/Crew of STS-81

La station Mir
Les Russes sautent un cran dans la difficulté, MIR est la première station orbitale construite en plusieurs modules. L’occupation humaine devient permanente à partir de MIR ! C’est en fait une continuation de la station Saliut comprenant plusieurs modules ; Le premier module, le module central est lancé en Février 1986 par une fusée Proton. Elle comporte en tout cinq autres modules qui seront lancés successivement. D’autres modules sont ajoutés progressivement.

La station est enfin complète, maintenant, nous sommes en 1996. Elle fait 140 tonnes et 33 m de long. Mir a accueilli de très nombreux équipages, au début des Russes ou des citoyens de pays « frères », puis l’admission d’autres nationalités a été autorisée. Notamment : JL Chrétien, M Tognini, JP Haigneré, C André-Dehays (deviendra Me Haigneré) et L Heyarts.
Mais la grande nouveauté avec Mir, c’est l’écroulement de l’URSS qui vient de se produire, il va favoriser le rapprochement russo-américain. Les navettes vont avoir le droit de s’amarrer à Mir et de participer à des séjours avec les cosmonautes Russes. Mais la qualité de la station laisse à désirer, des accidents plus ou moins graves se produisent.

Bref il est temps de mettre Mir à la retraite. Mir sera désorbitée début 2001 après 15 ans en opération.

Jean-Pierre Martin
Prochaine chronique : la genèse de l’ISS