Le delta de la rivière Kisigo

Thomas Pesquet nous propose une vue superbe prise depuis l’ISS, en postant sur les réseaux sociaux ce cliché avec le commentaire suivant : “ L’embouchure de la rivière Kisigo en Tanzanie. Elle se jette dans le lac Mtera, et ses eaux chargées de sédiments la rendent particulièrement visible dans la verdure environnante ”.
L’image a été prise le 28 avril 2021 à 10h35, à l’aide d’un Nikon D5 muni d’un objectif de 800 mm ouvert à 6,3. Le Nord se situe vers 2 heures.
Nous sommes au-dessus du delta que forme la rivière Kisigo dans le lac artificiel Mtera, au centre de la Tanzanie, en Afrique de l’Est. L’image couvre une zone d’environ 30 km par 20 km.
Le barrage voûte de Mtera (260 m de long environ) n’est pas visible sur le cliché. Il barre le cours de plusieurs rivières dont la Ruhaha, la Mpera, la Fufu et la Kisigo et forme à l’amont un grand lac artificiel du même nom, orienté Sud-Ouest Nord-Est et long d’environ 50 km.
Ce lac est devenu un site majeur pour les populations locales qui bénéficient d’une importante réserve d’eau douce et jouissent d’une source (inépuisable ?) d’électricité verte. Toutefois, l’étude du niveau du lac ces 10 dernières années montre d’importantes variations saisonnières et interannuelles sur cette période de temps… Il est donc vraisemblable que la forme du delta soit régulièrement remodelée, et que la position de ses différents bras change en fonction du niveau du lac.
Ce type de formation géomorphologique varie selon plusieurs facteurs comme le climat et sa saisonnalité dans le bassin versant de la rivière, mais aussi comme la quantité et la granulométrie des sédiments apportés, la turbidité des eaux de la rivière, son régime hydrologique… Tout cela et bien d’autres facteurs encore influent sur sa biocénose propre et le biotope qui peuvent s’y mettre en place pour former ensemble un écosystème de zone humide.
Mais revenons au cliché de Thomas Pesquet. Nous sommes donc au-dessus d’une formation deltaïque, soit une accumulation de sédiments et d’alluvions à l’embouchure de la rivière formant un superbe triangle. Les méandres (qui se recoupent parfois dans le delta) et les différents bras de la rivière trahissent une très faible pente et une dissipation latérale de l’énergie de la Kisigo. Ces dépôts sont plus ou moins colonisés par de la végétation, probablement rase ou assez basse. On devine des vasières où doit se regrouper toute une faune, notamment aviaire…
Lors de la mission Proxima, Thomas avait déjà photographié une zone deltaïque exceptionnelle : celle de l’Oural.

Gilles Dawidowicz, président de la Commission de Planétologie

Crédits : ESA/NASA–T. Pesquet

Retrouvez l’image sur Google Maps.