Il y a dix ans, Neil Armstrong nous quittait

Cette nuit du 20 au 21 juillet 1969, plus de 500 millions de personnes sont devant leur télévision ou devant une télévision (chez un ami, voisin, magasin, etc…) et un peu plus sont à l’écoute de leur radio … La mission Apollo 11 s’approche de la Lune.

Arrivés sur la Lune sans encombre à bord de leur LEM Eagle, Neil Armstrong et son collègue Buzz Aldrin, se préparent, s’apprêtent à marcher sur la Lune … le troisième homme d’équipage, Michael Collins, les attend en orbite lunaire à bord du vaisseau Columbia.

Neil Armstrong va devenir dans quelques minutes le premier homme à marcher sur la Lune… il va réaliser le plus vieux rêve de l’humanité …

Il est 22h56, heure de Floride et 02h56 (heure UTC), lorsqu’il pose son pied gauche sur le sol lunaire. Il prononce alors : Un petit pas pour un homme, un bond de géant pour l’humanité (one small step for a man, one giant leap for Mankind).


Les USA commémorent le premier alunissage en émettant un timbre. Enveloppe signée par le créateur du timbre Paul Calle.

Le 25 août 2012, Neil Armstrong nous a quittés … Un des plus grands héros de tous les temps, et il le restera, est parti…

Né le 5 août 1930 à Wakaponata, dans l’Ohio, Neil Armstrong est très vite attiré par l’aviation. Il fera son baptême de l’air à l’âge de 6 ans. À l’âge de 17 ans, il entre à l’Université Purdue dans l’Indiana afin de devenir ingénieur aéronautique et aérospatial (discipline encore nouvelle à l’époque). Il profite d’un programme de financement universitaire spécial où la contrepartie est de servir trois années sous les drapeaux (2 ans à l’Université, 3 ans dans l’armée et 2 ans à l’Université pour l’obtention du diplôme). Il choisira l’US Navy. Il commence sa formation de pilote aéronavale début 1949, et sera breveté pilote quelques jours après son vingtième anniversaire. Il sera ensuite formé dans une des premières escadrilles composées uniquement de jet.

Il ira combattre lors de la guerre de Corée (78 missions de combat) et quittera la Navy pour retourner à Purdue en août 1952. Il y rencontrera sa première femme, Janet. Il obtient son diplôme d’ingénieur aéronautique en 1955 et intègre le NACA en tant que pilote civil (qui deviendra la NASA en 1958). Il devient pilote d’essais à la Base d’Edwards où il pilotera aussi bien des gros avions comme le B-29 Superfortress qui larguait les avions-fusées. Il pilotera lui-même des avions-fusées comme le Bell X-1B (dérivé direct du X-1 avec lequel Chuck Yeager franchit le mur du son le 14 octobre 1947).

Entre 1960 et 1962, il est l’un des pilotes du programme de l’avion-fusée X-15. Il effectuera 7 missions avec celui-ci et atteindra une vitesse de 6 615 km/h et une altitude 63 km. Le X-15 restera un de ses meilleurs souvenirs de pilote et certainement son avion préféré.

C’est fort de cette expérience, qu’il est naturellement appelé à être pilote consultant pour le programme d’avion spatial de l’US Air Force, le X-20 Dynasoar. Il est intéressant de signaler que Neil Armstrong n’était plus un militaire en activité depuis 1955 (il a même arrêté d’être un pilote militaire de réserve en 1960). C’est la reconnaissance de sa très grande compétence qui fait que l’armée fait appel à lui, tout en continuant d’être pilote d’essais de la NASA. En mars 1962, l’US Air Force le sélectionne même officiellement comme un des 7 astronautes du groupe qui devrait voler à bord du Dynasoar.

Mais ce programme prend du retard, et Neil Armstrong est sollicité par la NASA pour participer aux nouvelles sélections d’astronautes. Il est enthousiaste et accepte. Il fera le bon choix. Le programme X-20 Dynasoar est annulé en 1963.

Le 17 septembre 1962, il est officiellement présenté à la presse dans le Groupe 2 de la NASA, qui sera appelé ‘’The New Nine’’ en référence au groupe 1, ‘’The Mercury Seven’’. Le programme Apollo est en route et quelques jours plus tôt, le 12 septembre, le président John F. Kennedy vient de prononcer son fameux discours qui promet que l’Amérique enverra un homme marcher sur la Lune avant la fin de la décennie et le ramènera.

Il deviendra le premier civil américain dans l’espace lors de la mission Gemini 8 le 16 mars 1966. Il commandera cette mission et son pilote sera David Scott. L’objectif de la mission était de réussir un rendez-vous et un amarrage avec une fusée-cible, Agena. Cette phase était une phase indispensable au futur du programme Apollo pour amener un équipage sur la Lune.

Proposé par l’ingénieur de la NASA John Houbolt, le principe était que le module de service auquel était accouplée la capsule Apollo s’arrimerai avec le module lunaire LEM en orbite terrestre avant d’aller vers la Lune.
Une fois en orbite lunaire, le LEM se séparait, descendait vers la Lune et alunissait. Ensuite, la partie supérieur redécollait et devait s’arrimer de nouveau au module de service, puis ce module de service revenait vers la Terre. Sans réussite de cet arrimage, pas de programme Apollo. Le programme Gemini était justement là pour tester les procédures.

Le rendez-vous et l’arrimage furent une totale réussite mais peu de temps après la mission faillit tourner à la catastrophe. Un problème technique entraina le couple Gemini 8-Agena dans une folle série de rotation. Le sang-froid de Neil Armstrong permis de sauver l’équipage et la mission lors d’un retour d’urgence, même si la mission initialement prévue pour 3 jours ne dura que 10h41.

Le programme Gemini dura de janvier 1965 à novembre 1966 avec 12 vols (dont 10 furent habités). Il a été essentiel pour la suite du programme Apollo qui avançait à grand pas depuis le premier vol d’une fusée Apollo le 27 octobre 1961.

Mais tout faillit s’arrêter le 27 janvier 1967. Ce jour-là, l’équipage d’Apollo 1, Gus Grissom, Ed White et Roger Chaffee, s’entrainait au sol à des tests radios pour la future première mission habitée Apollo 1 qui devait se dérouler quelques semaines après. Une étincelle causé par un court-circuit dans la capsule sous oxygène pur mis le feu à celle-ci. Les trois astronautes n’eurent pas le temps de l’évacuer et moururent asphyxiés.

La NASA s’engagea alors dans une course contre la montre afin de tenir le pari de Kennedy. Il ne faut pas oublier que nous sommes encore en pleine guerre froide et que la Course à la Lune avec les soviétiques fait rage. Les soviétiques connaitront aussi un accident tragique cette même année avec la mort du cosmonaute Vladimir Komarov.

Pour aller sur la Lune, il faut une fusée puissante qui puisse accueillir la capsule Apollo, son module de service et le LEM. Ce sera la Saturn V développée par la NASA et Wernher von Braun. Après plusieurs vols de Saturn intermédiaires, le premier vol de la Saturn V – Apollo 4, se déroule le 9 novembre 1967. C’est un succès total. La NASA révise complètement la capsule Apollo afin d’assurer le maximum de sécurité à l’équipage. Des milliers de modifications seront faites.

Nous sommes le 11 octobre 1968, et la première mission habitée Apollo décolle de Cape Canaveral. L’équipage d’Apollo 7 est composé du vétéran Wally Schirra et des deux ‘’bleus’’ Walter Cunningham et Donn Eisele. Le vol est une réussite. La NASA décide de sauter les étapes et veut envoyer une mission autour de la Lune. Le pari est risqué. Le deuxième vol d’une Saturn V – Apollo 6, le 4 avril 1968, s’est plus ou moins bien passé.
Mais qu’importe, il faut tenir le pari de Kennedy… Alors le 21 décembre 1968, la mission Apollo 8 décolle avec à son bord les astronautes Frank Borman, James Lovell et William Anders. Le 25 décembre, Apollo 8 est en orbite lunaire. La mission rentre le 27 décembre 1968.

Du 3 au 13 mars 1969, la mission Apollo 9 composée de James McDivitt, David Scott et de Russell Schweickart testera le LEM en orbite terrestre. Cette phase essentielle permettra la suite du programme Apollo.

Les choses s’accélèrent … du 18 au 26 mai 1969, la mission Apollo 10 va tester en ‘’grandeur nature’’ une mission lunaire presque complète. Les astronautes Tom Stafford et Gene Cernan vont tester le LEM et descendront à moins de 15 km de la surface de la Lune. L’astronaute John Young les attend en orbite. Cette répétition générale est une réussite et validera la suite du programme. A savoir que la prochaine mission tentera un alunissage. Ce sera Apollo 11.

Neil Armstrong par le jeu des roulements est affecté au commandement de cette mission. Ses coéquipiers sont Buzz Aldrin (pilote du module lunaire) et Michael Collins (pilote du module de commande).

Ce 16 juillet 1969, la fusée Saturn V décolle. Direction la Lune. Le 20 juillet, à 20h17 (UTC), le LEM Eagle alunit dans la Mer de la Tranquillité. À 02h56 (UTC), Neil Armstrong foule le sol lunaire. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, un homme marche sur la Lune. Buzz Aldrin le rejoint un quart d’heure plus tard.

Après être restés 02h36 minutes, la sortie sur la Lune se termine. L’équipage s’apprête à revenir vers la capsule Columbia où Michael Collins les attend. Les trois hommes repartent vers la Terre le 21 juillet où ils rentreront le 24 juillet par un amerrissage dans le Pacifique. Ils seront recueillis par le Porte-Avions USS Hornet.

À partir du 20 juillet 1969, Neil Armstrong (et Buzz Aldrin) est rentré dans l’histoire. L’équipage fera une tournée mondiale puis Neil Armstrong quittera la NASA en 1970 pour devenir Professeur d’ingénierie à l’Université de Cincinnati. A la fin des années 70, il sera consultant pour des entreprises privées.

Après l’alunissage d’Apollo 11, il y eu 6 autres missions Apollo. Cinq d’entre elles se posèrent aussi sur la Lune. Seule Apollo 13 échoua. Au total, il y eu 24 astronautes différents qui tournèrent autour de la Lune. 12 d’entre eux y marchèrent… et trois d’entre eux firent deux fois le voyage vers la Lune.

Homme discret, Neil Armstrong s’est toujours protégé, ainsi que sa famille, de la médiatisation. Il donnait régulièrement des conférences et faisait quelques apparitions publiques chaque année. La NASA lui demandera de participer à la commission d’enquête suite à l’accident de Challenger en 1986.

Neil Armstrong, homme modeste et discret aura pourtant marqué l’histoire. Son nom restera à tout jamais comme le premier homme à avoir marché sur la Lune. A avoir réalisé le plus vieux rêve de l’humanité…

Stéphane Sebile
Secretaire de la Commission Astronautique et Techniques Spatiales

Crédit images : Collection personnelle / NASA