The Bay area

Thomas Pesquet nous offre un nouveau cliché pris depuis l’ISS, et le poste sur les réseaux sociaux avec le commentaire suivant : “Presque toutes les couleurs de l’arc en ciel sont dans ces marais salants, en Californie juste au sud de San Francisco. Leur origine vient des micro-organismes qui se développent dans l’eau, et qui changent selon la concentration de sel.”.

L’image a été prise le 27 avril à 18h52, à l’aide d’un Nikon D5 muni d’un objectif de 1200 mm ouvert à 8. Le Nord se situe vers 12 heures.

Nous sommes au-dessus du “Don Edwards San Francisco Bay National Wildlife Refuge”, une vaste réserve naturelle abritant une faune et une flore locales, et notamment des oiseaux migrateurs, des échassiers et des rapaces. C’est un peu le paradoxe de l’Amérique du Nord : de vastes zones urbanisées extrêmement denses alternant avec des espaces naturels protégés.

Comme le précise Thomas Pesquet, nous sommes en effet en Californie, sur la côte Ouest des Etats-Unis. Pour être plus précis, la photographie est centrée sur le fond de la célèbre baie de San Francisco, au Sud-Est de la ville, en pleine Silicon Valley. La baie de San Francisco est peu profonde et draine une grande partie des eaux de surface de toute la Californie ; c’est plus exactement un ensemble de baies, d’estuaires, de marécages, d’étangs, de polders, de marinas, de ports, qui forment un tout d’environ 4000 km² faisant face à l’Océan Pacifique.
Peu de gens le savent, mais la baie de San Francisco a dès l’époque de la conquête de l’Ouest et de la ruée vers l’or qui s’ensuivit, été utilisée en quelques endroits humides, comme marais salant. D’abord de façon artisanale, puis de façon industrielle. Mer, Soleil et vents sont les ingrédients nécessaires et suffisants. L’un d’entre eux fut notamment implanté au cul de la baie, à Newark, précisément où Thomas a déclenché son appareil photo après avoir été attiré par les couleurs singulières du lieu.

Revenons donc au cliché. En partant du coin en bas à gauche et dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, nous apercevons un peu de Palo Alto et de Mountain View, le bout des pistes de Moffett Field, puis Sunnyvale, Santa Clara, San José et enfin Milpitas, Newark et Fremont. Toutes ces villes font partie des comtés de Santa Clara ou d’Alameda, des hauts lieux de la Silicon Valley avec notamment des implantations de Google, Cisco, Yahoo, Amazon, Hewlett Packard, Tesla, Lockheed Martin, la NASA et bien d’autres entreprises encore… Sur le cliché, on distingue facilement deux petits fleuves qui alimentent la zone humide : la Guadalupe river et Coyote Creek.
Quant à la palette de couleurs, elle est en effet très variée et trahit la présence de micro-organismes et d’algues halophytes qui se développent dans les nombreux bassins et étangs plus ou moins concentrés en sel et riches en matières organiques… Peu à peu, les industriels se désengagent de ces espaces pour les rétrocéder et les vendre au Conservatoire du littoral ou à des associations de protection des espaces sensibles qui réhabilitent et restaurent ces zones humides. Encore quelques décennies, et ces milieux pourraient retrouver leurs caractères naturels, bien qu’ils ne seront jamais plus à l’abri de pollutions urbaines dans une des régions les plus denses et actives de la planète…

Gilles Dawidowicz, président de la Commission de Planétologie

Crédits : ESA/NASA–T. Pesquet

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