Tempête dans le désert

Thomas Pesquet nous propose cette vue étonnante avec le commentaire suivant : “Une tempête de sable ! J’avais déjà vu du sable déposé sur les voitures en France hexagonale, et dans ma carrière de pilote on m’avait dit que ça pouvait arriver en volant au-dessus de l’Afrique, mais je n’en avais jamais vu depuis l’espace. Celle-ci a l’air impressionnante… Je me demande combien de tonnes de sable elle a déplacé, et sur quelle distance : une idée @meteofrance ?”.

L’image a été prise le 13 juin 2021 à 13h29, à l’aide d’un Nikon D5 muni d’un objectif de 22 mm ouvert à 11. Le Nord se situe vers 08 heures. L’image couvre une zone d’environ 800 km par 500 km.

Nous sommes dans le Nord du golfe Persique, au-dessus de la côte orientale de l’Arabie Saoudite, de Bahreïn, du Koweït, du Sud de l’Irak et du Nord-Ouest de l’Iran. Comme le fait remarquer Thomas Pesquet et comme on peut le constater, une grande partie de la région est couverte d’une épaisse couche de poussières désertiques formant un gigantesque panache relativement homogène. En fait, entre le 12 et le 14 juin 2021, c’est sur près de 2.000 km de long et 500 km de large qu’une tempête de poussières et de sable se développait dans la région ! Notez que cette tempête ne se développe pas particulièrement au-dessus du golfe Persique, mais au-dessus des terres… Selon Météo France (que Thomas a questionné), cette tempête a déplacé plusieurs mégatonnes de fines contenues sous formes d’aérosols !

Mais revenons à l’image prise par Thomas Pesquet. Dans le haut droit du cliché, on reconnaît une partie de l’archipel de Bahreïn. Cet archipel est composé de 33 îles naturelles et de plusieurs dizaines d’îles artificielles, de terre-pleins et de polders gagnés sur la mer. Observez sur le bord du cliché l’incroyable méga projet Durrat Al Bahrain qui est un complexe immobilier touristique géant et totalement artificiel. Il est encore en construction, et comprend une vingtaine d’îles artificielles totalisant plus de 2.000 hectares gagnés sur la mer ! Dommage que Thomas Pesquet n’ait pas pu prendre cet endroit en gros plan comme il l’a fait à maintes reprises pour les îles artificielles de Dubaï… Dans l’archipel, c’est la plus grande des îles que l’on voit distinctement : l’île de Bahreïn elle-même ! Elle mesure 55 km de long par 15 km de large et on distingue sa capitale, située tout au Nord, : c’est Manama. Par ailleurs et en zoomant, on devine l’immense chaussée du roi Fadh, qui relie l’île à l’Arabie Saoudite.

Comme partout dans la région, Bahreïn n’échappe pas à d’importantes pollutions de ses eaux côtières, de ses terres agricoles et désertiques et de ses nappes phréatiques. La sécheresse frappe toute la zone, et se trouve amplifiée par des pratiques agricoles, industrielles et urbaines irresponsables :  elles accentuent encore plus le phénomène et ses conséquences. Ici le climat est aride et la région est soumise à deux saisons : un été extrêmement chaud pouvant atteindre 50°C et un hiver relativement doux pouvant atteindre 10°C.

Plus au Nord, toujours sur le littoral, on retrouve Qatif, Tarout, l’île de Tarout et la baie du même nom, en face de Dammam. Nous sommes dans la province orientale d’ach-Charqiya, en Arabie Saoudite.

Enfin, on observe Jubail ou Al Jubayl à une centaine de kilomètres au Nord de Dammam. Il s’agit d’une immense ville nouvelle, industrielle, construite à partir d’un petit village de pêcheurs dès 1975. C’est certainement le plus grand complexe pétrolier au monde ! Ici on y exporte le pétrole, le gaz et toutes sortes de minerais, d’engrais, de produits sidérurgiques et pétrochimiques plus ou moins transformés. On y trouve également un immense port de commerce, une base navale, une base aérienne, des complexes commerciaux et résidentiels pour les salariés et les expatriés venus chercher un emploi lié à l’or noir…

Gilles Dawidowicz, président de la Commission de Planétologie

Crédits : ESA/NASA–T. Pesquet

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