Sur le toit de l’Espagne

Thomas Pesquet nous offre une nouvelle vue prise depuis l’ISS, en postant sur les réseaux sociaux ce cliché avec le commentaire suivant : “ Bat signal au-dessus du Pico del Teide à Tenerife , un signe qu’il s’apprête à se réveiller… ? Les paysages dessinés par la lave sont toujours magnifiques. J’en profite pour souhaiter un excellent anniversaire au géophysiciste/volcanologue de notre promotion, Alexander Gerst, qui a fait les terrains les plus intéressants au cours de sa carrière de scientifique ! “.

L’image a été prise le 27 avril à 12h44, à l’aide d’un Nikon D5 muni d’un objectif de 800 mm ouvert à 14. Le Nord est vers 11 heures.

Nous sommes au-dessus du Teide, un volcan espagnol situé sur l’île de Ténérife dans l’archipel des Canaries, au large des côtes marocaines. Le Teide est un stratovolcan toujours actif (bien que relativement calme) et dont la mise en place a commencé il y a 200.000 ans ; c’est le point culminant de l’Espagne avec ses 3.715 mètres de haut ! C’est un point chaud (une région de la planète où l’activité volcanique est intense et qui, par le déplacement des plaques tectoniques par rapport aux remontées volcaniques, génère un alignement de cônes volcaniques, dont seul le dernier est actif) comparable à celui de l’archipel des îles Hawaii ou à celui des îles Marquises.
Le cliché de Thomas nous montre une région bigarrée, avec une variété de teintes ocres au sol absolument splendides. Comme le souligne notre astronaute, les différentes coulées de lave plus ou moins superposées les unes aux autres, ont façonné ce paysage au fil du temps et des épisodes éruptifs. Toutes ne proviennent pas du Teide lui-même mais certaines des rifts adjacents, voire même d’un autre volcan, le Pico Viejo, également bien visible sur le cliché et dont le sommet est distant de 3 km du sommet du Teide. Les types de magmas et leurs compositions diffèrent selon les éruptions qui se produisent (éruptions phréato-magmatiques, laves basaltiques, laves mafiques, laves phonolitiques, laves différenciées…). Cela explique les différentes teintes.

Pour finir, le cliché révèle également les nombreux effondrements de terrain qui se sont produits ici, ainsi que les très nombreux chenaux créés par les écoulements de laves. Tout cela oblitère littéralement le relief de la région, lui conférant un aspect singulier, remarquable même, qui mérite amplement une petite visite sur place.

Gilles Dawidowicz, président de la Commission de Planétologie

Crédits : ESA/NASA–T. Pesquet
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