Sainte-Hélène

Thomas Pesquet nous propose une vue assez rare prise depuis l’ISS, et poste sur les réseaux sociaux ce cliché avec ce commentaire : “L’île de Sainte Hélène – Napoléon a dû se sentir bien seul lors de sa retraite forcée… il n’y a RIEN à des centaines et des centaines de km à la ronde. Formée autour d’un volcan, elle se situe au milieu de l’Océan Atlantique Sud et fut longtemps un lieu de passage indispensable aux navires sur la route du Cap et des Indes. Elle perd ce privilège avec l’ouverture du Canal de Suez que je vous ai montré la semaine dernière ;)”.

L’image a été prise le 29 mai 2021 à 12h02, à l’aide d’un Nikon D5 muni d’un objectif de 400 mm ouvert à 13. Le Nord se situe vers 05 heures. L’image couvre une zone d’environ 235 x 155 km.

Nous sommes effectivement perdu au beau milieu de l’Atlantique Sud, loin au large de l’Angola (à 2.000 km à l’Est), très loin au large du Brésil (à 3.500 km à l’Ouest). Encore bien plus loin de notre vieille Europe continentale (à 8.000 km) !

Sainte-Hélène mesure environ 17 km dans sa plus grande longueur pour 10 km de large. L’île fait 122 km² de superficie. C’est un point chaud, au même titre que les îles des archipels d’Hawaii, des Canaries ou encore des Açores. C’est même l’un des plus anciens points chauds connus sur Terre, qui aurait commencé à produire de la lave il y a 145 millions d’années.

Découverte par le navigateur espagnol Juan de Nova en 1502, Sainte-Hélène tient son nom l’impératrice romaine Hélène, mère de l’empereur romain Constantin 1er et considérée comme une Sainte par les églises catholique et orthodoxe. Au début du 17è siècle, l’île devient hollandaise puis au milieu du même siècle, la Compagnie anglaise des Indes orientales s’en empare. Finalement, elle sera cédée aux britanniques qui vont vite l’utiliser comme une prison, dont le plus célèbre des détenus sera Napoléon.

Ici, de façon surprenante et inattendue, le climat est assez invariant tout au long de l’année, alors que l’île se situe en zone intertropicale. Les températures ne descendent pas en dessous de 11°C (entre juin et septembre) et ne dépassent pas 21°C (entre février et avril).

Pour finir cette description de Sainte-Hélène, comment ne pas rappeler que le paysage d’aujourd’hui n’est pas le paysage initial que l’île offrait avant sa découverte ? Une fois encore, les hommes ont totalement défriché une forêt primaire, introduit des espèces animales et végétales qui n’y existaient pas, pour finalement transformer profondément les paysages. Depuis l’espace, on ne se rend compte que du résultat, mais il n’a fallu que de quelques centaines d’années seulement pour y parvenir… et détruire la majeure partie des espèces qui y étaient endémiques.

Gilles Dawidowicz, président de la Commission de Planétologie

Crédits : ESA/NASA–T. Pesquet

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