L’île du Ratier

Thomas Pesquet nous offre une nouvelle photographie prise depuis l’ISS, en postant sur les réseaux sociaux ce cliché avec le commentaire suivant : “ Camaïeu de bleu dans les eaux du port du Havre. L’estuaire de la Seine est plus facile à repérer que sa source ! Avec son architecture moderne, la ville est inscrite au patrimoine mondial de l’@UNESCO. Le club de foot, que soutiennent certains membres de ma famille (je suis du coin), à tendance à ne pas toujours gagner tous ses matches… “.

L’image a été prise le 25 avril 2021 à 09h28, à l’aide d’un Nikon D5 muni d’un objectif de 800 mm ouvert à 18. Le Nord est à 12 heures.

Nous sommes effectivement au-dessus de la ville du Havre, déjà photographiée en plan sensiblement plus serré lors de la mission Proxima.
Pas la peine de décrire une nouvelle fois la ville et ses alentours, où la Seine rejoint la Manche. Concentrons-nous plutôt sur le chenal de ce fleuve et son embouchure. En zoomant, on observe sans difficulté une petite parcelle de terre en forme de sourcil et située en plein milieu de l’estuaire : c’est l’île du Ratier, sur le banc du même nom ! Longue de 350 m, elle se situe à 10 km à l’aval du Pont de Normandie, bien visible également sur le côté droite de l’image.

L’île du Ratier, également appelée “l’île aux oiseaux” est une île artificielle édifiée en 2005 au large de Honfleur, dans le Calvados (et puisque Thomas est un peu chauvin, n’hésitons pas à dire que c’est la vraie Normandie 😉 !). Cette île artificielle a donc été construite sur le banc du Ratier bien connu des marins de la région. Mais c’est un lieu hautement protégé pour son importante réserve ornithologique qui abrite plusieurs centaines voire milliers d’oiseaux. Son accès est strictement interdit.
Toute la zone est en fait stratégique pour les oiseaux migrateurs qui vont du Nord de l’Europe à l’Afrique de l’Ouest, en faisant régulièrement étape ici même à l’aller comme au retour durant leurs migrations. Venant du Groenland (Danemark), du Svalbard (Norvège), de la péninsule de Taïmyr (Russie), de la mer de Norvège, de celle de Barents ou encore de l’océan Arctique, ils vont en Mauritanie (parc national du banc d’Arguin), au Sénégal (delta du Saloum), en Guinée-Bissau (archipel des Bijagos) ou même jusque dans le golfe de Guinée.

Mais alors, pourquoi une île artificielle ici ? Les activités maritimes intenses, puis les activités industrielles et portuaires tout aussi soutenues ainsi que de très nombreux aménagements artificiels en mer et le long du chenal de la Seine, ont au fil des siècles profondément dégradé les espaces sauvages et naturels de cette zone littorale où se mêlent eau douce et eau salée. Il fut donc décidé d’adopter des mesures compensatoires dont notamment la création de cette île pour permettre aux oiseaux d’y séjourner en sécurité. Et malgré une pollution des eaux toujours plus importante, ce sont près de 70 espèces d’oiseaux qui y nichent, ainsi que diverses espèces de coquillages et une trentaine d’espèces de plantes…

Gilles Dawidowicz, président de la Commission de Planétologie

Crédit image : ESA/NASA–T. Pesquet

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