Les éclipses totales de Soleil de 1900 et 1905 observées en Espagne par Camille Flammarion
Le 12 août 2026, une éclipse totale de Soleil sera visible en Espagne. Il n’y a pas eu d’éclipses totales en Espagne depuis le 28 mai 1900 et le 30 août 1905. Or, Camille Flammarion a pu observer ces deux éclipses. En 1900, depuis Elche (38°16’ N, 0°41’ O) près d’Alicante ; en 1905, depuis Almazan (41°29’ N, 2°32’ O).
Dans le Bulletin de la Société astronomique de France, 1900 et 1905, Camille Flammarion a détaillé largement les circonstances locales de ces éclipses et a décrit ses voyages, son entourage, ses rencontres.
Afin de comparer les éclipses de 1900, 1905 et 2026, les circonstances locales des éclipses ont été recalculées en utilisant les formulaires du LTE (ex. IMCCE). C’est le Temps Universel qui est utilisé.
28 mai 1900

30 août 1905

12 août 2026
« Les prédictions des éclipses de Soleil ont été réalisées par le Service Espace (SE-OP) du Laboratoire Temps Espace de l’Observatoire de Paris à travers son portail Système solaire (https://ssp.imcce.fr) ».
| Lieu | Durée | Maximum | Hauteur Soleil | |
|---|---|---|---|---|
| 1900 | Elche | 1m20s | 16h13m UT | 33,64° |
| 1905 | Almazan | 3m50s | 13h11m UT | 54,98° |
| 2026 | Almazan* | 1m47s | 18h30m UT | 06,94° |
(* Comme en 1905, Almazan sera sur la bande de totalité)
Camille Flammarion et l’éclipse du 28 mai 1900
Préparation du voyage
De nombreux membres de la SAF souhaitaient observer cette éclipse en Espagne mais, inquiets de la complexité de l’organisation du voyage, préféraient que la SAF se charge de cette organisation. Camille Flammarion décida alors de déléguer à la Revue générale des sciences, spécialiste de voyages scientifiques, cette organisation. La Revue accepta, mit au point un programme et consentit même un tarif spécial pour les membres de la SAF.
Dans le compte rendu de la séance du 3 janvier 1900, on apprend que parmi les inscrits pour le voyage, il y avait outre Camille Flammarion et son épouse, Sylvie Pétiaux, Benjamin Baillaud, directeur de l’observatoire de Toulouse, l’abbé Moreux, le comte Aymar de La Baume-Pluvinel, astronome, et son épouse.
L’éclipse
Camille Flammarion avait choisi la commune d’Elche (30 000 habitants) près d’Alicante comme site d’observation situé sur la ligne de centralité en raison de la probabilité de beau temps qui s’avéra être la réalité.
Sébastian Canalès, maire de Elche, offrit l’hospitalité à Camille Flammarion et son épouse, à l’abbé Moreux, à ses amis Albanel, père et fils. A cet effet, le maire avait proposé sa maison de campagne. Le comte de la Baume-Puvinel avait transformé la terrasse en observatoire permettant de bénéficier d’un horizon dégagé et avait disposé sur les alentours divers instruments de mesure photographiques et spectroscopiques. Non loin de là, l’abbé Moreux était prêt pour faire des dessins de l’éclipse.
Selon Camille Flammarion, il était accompagné d’une trentaine de personnes : gouverneur, amiraux, généraux, professeurs, amis de la Science. Environ dix mille personnes étrangères à Elche étaient présentes.
Flammarion fit tirer un coup de canon pour annoncer aux quarante mille personnes présentes le 1er contact. Il avertit les observateurs quand Vénus, Mercure et des étoiles telles Sirius ou Bételgeuse devinrent visibles. Le comportement des animaux fut remarqué.

Flammarion a laissé une longue et détaillée description de l’éclipse en prenant soin de dessiner ses différents aspects.

Autour de l’éclipse
Les journaux espagnols de l’époque avaient annoncé le voyage de Flammarion dès qu’ils en eurent connaissance et lui consacrèrent de nombreux articles. A son arrivée à Valence, cent mille personnes le saluèrent (les avenues étaient jonchées de fleurs) et une grande fête fut donnée en son honneur.
Des « Vive Flammarion!! » retentirent lorsque son train quitta Valence pour Alicante. A toutes les gares, les Espagnols l’acclamèrent. Même accueil enthousiaste en arrivant à Alicante. Elche, célèbre pour sa palmeraie étonna Flammarion.
Le maire avait réuni d’autres personnalités : des astronomes professionnels, des universitaires, des officiers.
Après l’éclipse, la reine, le jeune roi Alphonse XIII et ses sœurs et l’infante Isabelle présentèrent à Camille Flammarion leurs observations, photographies, dessins, témoignant d’un grand intérêt scientifique.

Le retour en France en passant par Madrid, Tolède fut pour Flammarion un triomphe si on ajoute sa rencontre avec la famille royale, les membres du gouvernement et la remise de la grand croix de l’ordre d’Isabelle-la-Catholique.
Camille Flammarion et l’éclipse du 30 août 1905
Préparation du voyage
Camille Flammarion souhaitait trouver un lieu isolé et tranquille car il ne voulait pas revivre les « envahissements » de 1900 à Elche. Alphonse XIII, de passage à Paris, lui avait conseillé de s’installer dans les montagnes de la province de Soria. Sur les conseils notamment du Directeur de l’observatoire de Madrid, il choisit Almazan, petite ville de 3 000 habitants perchée sur les montagnes de la Sierra de Muedo, à 1 000 m d’altitude et sur la ligne de centralité.
Le 25 août, lors de son voyage en direction de Almazan, Camille Flammarion et son épouse firent halte à Saint-Sébastien où il furent reçus le matin au palais par la reine et des membres de la famille royale, le roi étant alors en déplacement. La conversation porta sur l’intérêt scientifique des éclipses. Une voiture fut mise à disposition de Flammarion pour qu’il puisse visiter Saint-Sébastien l’après-midi.
Puis Flammarion et son épouse montèrent dans le train à destination de Almazan. Lors d’une halte à Burgos, Camille Flammarion acheta dans une librairie un grand nombre de ses ouvrages traduits en espagnol et « même plusieurs qu’il n’avait jamais écrits ». Dans les rues, on vendait du verre noir monté sur étain pour observer l’éclipse en criant que ces verres étaient approuvés par Monsieur Flammarion.
Puis Flammarion reprit un train le 27 août qui arriva vers minuit à Almazan. Une foule immense l’attendait avec des feux de joie en lançant des vivas. Ils arrivèrent au palais où ils devaient résider pendant leur séjour, accueillis par le conseil municipal tandis que la fanfare municipale jouait la Marseillaise que les musiciens avaient apprise quelques jours plus tôt. La famille, propriétaire de ce palais, se montra hospitalière et « aux petits soins » pour Flammarion.

L’éclipse
Camille Flammarion et son épouse étaient accompagnés de Ferdinand Quénisset. Ils avaient apporté des instruments d’observation : un double équatorial visuel et photographique, des appareils photographiques pour la couronne solaire. Ces instruments furent installés sur une colline voisine avec un horizon bien dégagé ; des gardes étaient chargés de protéger les instruments.
Le jour de l’éclipse, tous les habitants d’Almazan quittèrent la ville pour se rendre au « Mont Flammarion » avec d’autres Espagnols.

D’autres membres de la SAF aidèrent Flammarion et Quénisset comme le jeune Léon Deloy ou G. Penso.
Il y avait sur les hauteurs d’Almazan deux missions astronomiques importantes, une américaine et une mexicaine qui étaient venues pour photographier la couronne avec des grands instruments. La météo n’était guère favorable sur beaucoup de sites. A Almazan, le ciel était pur au début de l’éclipse et se couvrit lors de la totalité, et l’observation à travers une couche nuageuse heureusement légère fut possible.
Autour de l’éclipse
Après la fin des observations, Camille Flammarion et son épouse, Ferdinand Quénisset et G. Penso revinrent à Paris. Ils firent halte à Valladolid puis à Saint-Sébastien où Flammarion fut de nouveau reçu par la reine pour lui faire un compte rendu.
Les lecteurs intéressés par la description scientifique des deux éclipses pourront se référer aux deux Bulletins de la SAF de 1900 et 1905 où Camille Flammarion donne un compte rendu très détaillés de ses observations.
Jean-Claude Berçu
Président de la Commission Histoire de l’Astronomie


