Le Palmier Jumeirah

Thomas Pesquet nous propose cette vue de Dubai avec le commentaire suivant : “Un autre grand classique des photos depuis l’ISS : Dubai, dont les îles en forme de palmiers sont très caractéristiques. J-100 avant l’ouverture du Pavillon France @francedubai2020 à l’Exposition universelle de Dubaï ! Je suivrai cette inauguration depuis l’espace mais comme j’en suis le parrain, je vous prépare une petite surprise pour l’occasion ;) J’ai pris la 1re photo avec un doubleur 2x sur un objectif de 800mm, donc 1600mm de focale. C’est le grossissement ultime qu’on possède sur l’ISS ! Malheureusement avec ça la mise au point est uniquement manuelle. C’est donc un peu plus complexe d’avoir des photos nettes, à 400 km de distance et en filant à 28 000km/h :sweat-smile: Les astronautes ont tendance à s’attacher un peu trop aux photos détaillées avec les grands objectifs : pour nous c’est super satisfaisant de prendre une photo nette, sans nuage, avec une belle lumière, et bien à la verticale de Paris, New York ou de cibles difficiles à trouver comme Uluru ou la Muraille de Chine… mais pour les gens qui ont Google maps, je note une préférence pour les clichés moins zoomés… je me trompe ? ;) Vous pouvez comparer une image de Dubaï que j’ai prise durant Proxima avec les plus récentes ici ”.

L’image a été prise le 3 juin 2021 à 08h23, à l’aide d’un Nikon D5 muni d’un objectif de 1600 mm ouvert à 11. Le Nord se situe vers 14 heures. L’image couvre une zone d’environ 10 km par 6,5 km.

Nous sommes effectivement au-dessus de DubaÏ aux Emirats Arabes Unis et plus précisément au-dessus du palmier Jumeirah, l’un des méga-projets d’îles artificielles émirati. Thomas Pesquet avait déjà survolé cette région à plusieurs reprises lors de la mission Proxima et photographié les îles artificielles de cette ville du littoral du golfe Persique. Ainsi, le palmier Jebel Ali et le palmier Jumeirah avaient été décrits dans notre chronique de l’époque.

4 ans plus tard, rien n’a changé ou presque à propos de ces projets gigantesques. La photographie prise en milieu de matinée offre des couleurs étonnantes aux tons dorés, ainsi que de forts contrastes entre le littoral, les îles artificielles et la mer. Notez les sillages et les ondulations générés par les bateaux qui croisent un peu partout dans la région… Comme cela est souvent le cas, les hélices laissent des tourbillons et des turbulences dans l’eau sur plusieurs kilomètres et durant plusieurs heures après le passage des navires… Notez également la turbidité des eaux qui se chargent de fines et qui transportent les grains de sable au gré des courants. Notez enfin la houle bien visible depuis l’orbite et le rôle efficace que semble jouer la couronne de protection disposée tout autour du palmier…

Ce qui est certain et que Thomas Pesquet ne peut pas saisir, même à 4 années d’intervalles, c’est que toute la région poursuit depuis quelques décennies déjà une profonde transformation de ses paysages, permise par la manne que représente le commerce international de matières premières et notamment du pétrole de la région, mais également par la stratégie des autorités locales qui souhaitent transformer les lieux en un gigantesque pôle tertiaire et touristique. Le pari semble gagné, au moins pour le moment, et Dubaï poursuit son expansion le long de la côte et dans les terres désertiques de la région. Une sorte de Las Vegas en somme !

Gilles Dawidowicz, président de la Commission de Planétologie

Crédits : ESA/NASA–T. Pesquet

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