Le lac Balkhach

Thomas Pesquet nous propose une nouvelle vue de la Terre, avec le commentaire suivant : “ Le lac Baïkal est la plus grande réserve d’eau douce au monde, en plus d’évoquer des voyages à travers la taïga et en transsibérien. Tellement grand qu’on distingue facilement à sa surface les ombres des nuages  ”.

L’image a été prise le 1er juin 2021 à 10h05, à l’aide d’un Nikon D5 muni d’un objectif de 31 mm ouvert à 14. Le Nord se situe vers 7 heures.

Nous sommes au-dessus du lac Balkhach, dans le Sud-Est du Kazakhstan et non au-dessus du lac Baïkal, qui lui se trouve en Russie. C’est environ 2.000 km d’écart ! Les Community Managers devraient vérifier sur Google Earth avant de poster leurs légendes sur les réseaux sociaux…

Bref, nous sommes donc au-dessus du Balkhach, le plus grand lac du Kazakhstan (18.000 km² de superficie), et le 3è plus grand lac d’Asie après la Caspienne (371.000 km² de superficie) et le Baïkal (31.700 km² de superficie). Le Balkhach contient plus de 100 km3 d’eau, ce qui représente une très grande partie des ressources en eau du pays, et mesure environ 600 km de long pour une largeur qui varie de 4 à 120 km selon les endroits ; sa profondeur est relativement faible (5 m en moyenne), avec quelques endroits qui atteignent 25 m. Le lac Balkhach est en fait un regroupement de plusieurs lacs alignés le long d’un vaste bassin endoréique ; ainsi ses eaux n’atteignent jamais la mer ou l’océan, mais restent contenues dans cette longue cuvette fermée, comme c’est d’ailleurs le cas pour la mer Caspienne, la mer d’Aral, le lac Alakol et le lac Yssyk Koul notamment. D’ailleurs, les hydrogéologues et autres géomorphologues parlent du bassin versant Balkhach-Alakol comme d’une même unité s’étant formée suite à un énorme affaissement, et dont la superficie totale est proche de 500.000 km², soit presque la taille de la France métropolitaine !
Mais revenons au cliché de Thomas. Observez bien les rives du lac, notamment les rives en haut de la photographie (rive Sud dans la réalité).

Juste sous les panneaux solaires en forme de parapluie, on aperçoit une première zone deltaïque : c’est le delta de la rivière Lepsy dont la source se situe au Sud-Est du pays, dans les montagnes Dzungarian Alatau, près de la frontière chinoise.
Puis, au centre de l’image, nous avons le superbe delta de la rivière Karatal, que l’on voit méandrer bien à l’amont de Kopbirlik et qui prend également sa source dans les montagnes Dzungarian Alatau.
Enfin, et c’est sûrement le plus spectaculaire de tous, l’immense zone humide et deltaïque de la rivière Ili, qui en fait est un delta et un paléo-delta visible tout à droite. De Bakanas à sa façade lacustre, l’énorme triangle fait environ 170 x 180 x 300 km. La rivière Ili prend sa source dans les “Monts célestes”, alias le Tian Shan, une province du Xinjiang en Chine. Ce sont des hautes montagnes situées au Nord-Ouest du bassin du Tarim (occupé en grande partie par le désert du Taklamakan).

Toutes ces rivières traversent de vastes déserts, mais sont surtout l’occasion pour les agriculteurs et les industriels de faire d’immenses captations d’eau pour leurs activités. On estime que plus de 30% des eaux du lac Balkhash sont prélevées avant d’arriver au lac, ce qui à moyen terme le mettra en danger, menaçant également l’ensemble de ses écosystèmes très fragiles et dont la variété est exceptionnelle. Certaines de ces zones humides sont également menacées par la centrale hydroélectrique de Kapchagai et par les pollutions locales.
Une fois encore, un cliché de Thomas Pesquet permet d’attirer l’attention sur des contrées peu connues en Occident, et qui menacent de disparaître sous nos yeux, en silence…

Gilles Dawidowicz, président de la Commission de Planétologie

Crédits : ESA/NASA–T. Pesquet

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