La Terre dans l’œil de Thomas Pesquet #8 : au sud d’Odessa

Gilles Dawidowicz

Le 23 janvier 2017, Thomas Pesquet a posté cette vue du liman du Dniestr, en Ukraine, avec le commentaire suivant : « Là où l’hiver gèle même la mer : l’Ukraine et les rives de la mer Noire, pour le Jour de l’Unité ».

La photographie a été prise depuis l’ISS le 31 décembre dernier, à l’aide d’un Nikon D4 équipé d’un téléobjectif de 1150 mm. Le Nord est à droite. Nous sommes à Bilhorod-Dnistrovskyï, une ville de l’Oblast d’Odessa, au nord-ouest de la Mer Noire et à la pointe sud-est de la République de Moldavie. Bilhorod-Dnistrovskyï est située sur la rive droite de l’embouchure du Dniestr, dans la partie méridionale de la Bessarabie, à 43 km au sud-ouest d’Odessa.

Plus précisément, l’image est centrée sur la rive sud-ouest du liman du Dniestr, dans le Boudjak. Un « liman » n’est pas un estuaire mais une lagune, séparée de la mer par un cordon littoral percé d’une ou plusieurs passes, et dans laquelle peuvent se verser (ou non) des cours d’eau. Le liman du Dniestr est un liman d’environ 400 km2, long de plus de 40 km, large de 12 km et dont la profondeur est d’environ 2 m (le fond est bien visible au bas de la photo). Par son intermédiaire, le fleuve Dniestr se jette dans la mer Noire à travers la passe du Dniestr (non visible sur la photo).

Ici, le climat est continental et sec. Torride l’été, glacial l’hiver et atténué sur la côte d’influences pontiques. Les rares précipitations se font sous forme de pluies au printemps et à l’automne, de violents orages en été, de neige en hiver. C’est ici le domaine du krivetz, ce blizzard venu de Sibérie. La végétation est steppique, avec quelques bosquets et des saules le long des principaux cours d’eau.

Le zoom nous permet d’observer la petite ville de Bilhorod-Dnistrovskyï, faisant face à un liman partiellement prit par les glaces. Contrairement à la légende de Thomas Pesquet, cette eau n’est pas de l’eau de mer, voilà pourquoi elle est prise en glace ! C’est plutôt une lagune saumâtre alimentée notamment par le Dniestr et par la rivière Turunchuk qui s’y jettent. On peut également remarquer les grandes failles dans la glace, dues aux compressions et au travail permanent de la glace, même en plein hiver. Manifestement, il reste une partie importante du liman qui n’est pas gelée (sûrement la partie centrale), mais aussi de ci de là, quelques endroits où l’eau est libre, comme le port de la ville bien identifiable à sa forme triangulaire, en bas à gauche de la photo.

La citadelle est elle aussi bien visible. Il faut dire que la ville fut l’ancienne escale grecque de Tyras, l’escale byzantine de Mavrokastron et l’escale génoise de Montecastro. Elle s’élève sur la pointe de la rive sud-ouest du liman à 2 km à vol d’oiseau du port.

Quand à la ville d’Ovidiopol (dont le nom évoque le poète Ovide), elle se situe sur la rive est du liman, et n’est pas visible sur le cliché de Thomas Pesquet.

Bilhorod-Dnistrovskyï devant le liman du Dniestr, depuis l’ISS. Crédit : ESA/NASA