Il voulait revoir sa Normandie…

A peine arrivé à bord de l’ISS, Thomas Pesquet nous offre une vue de la Terre prise depuis la Cupola, en postant sur les réseaux sociaux ce cliché magnifique de la partie Nord-Ouest de la France avec le commentaire suivant : “ La trajectoire de la Station va toujours d’ouest en est : une chance pour ma Normandie natale, sous le soleil comme toujours (quoi qu’en diront les rageux). Elle ouvre le bal des photos depuis l’orbite ! #MissionAlpha “.

L’image a été prise le 25 avril à 09h27, à l’aide d’un Nikon D5 muni d’un objectif de 70 mm ouvert à 13. Le Nord est en haut.

Nous sommes bien évidemment au-dessus de la Normandie, mais pas seulement ! Le cliché s’étend en fait du haut à gauche depuis Cayeux-sur-Mer, la baie de Somme et Le Crotoy (Somme), au haut à droite à Beauval (Somme) un petit village qui se trouve à 25 km au Nord d’Amiens, puis du bas à gauche de La Brèche (Calvados) jusqu’au bas à droite à Chaville, Sèvres, la N118 et Meudon (Hauts-de-Seine). Voilà qui couvre une bonne portion du quart Nord-Ouest de la France !

Il y a beaucoup à dire sur un tel cliché, laissant pour l’essentiel apparaître les paysages ruraux de la France en ce printemps ensoleillé et sec. Une superbe mosaïque de couleurs montre les parcelles mises en culture et le mitage périurbain. On voit aussi les étendues forestières ou ce qu’il en reste ainsi que les fleuves et rivières dont les cours ont creusé des vallées et des bassins versant oblitérant le peu de relief de cette partie de France. C’est notamment le cas de la vallée de la Seine et de ses méandres, qui peu avant son embouchure, trahissent précisément l’absence de pente, et donc une dissipation latérale de l’énergie du fleuve…

Au-delà de ce paysage, un phénomène particulier a été saisi par Thomas Pesquet : la dérive littorale ! Observez dans la mer les panaches de matières en suspension tout le long du littoral. Ils trahissent le déplacement le long de la côte, de sédiments plus ou moins grossiers comme le gravier ou le sable, arrachés, transportés et déposés par les vagues, le vent et/ou les courants longitudinaux. En effet, les houles obliques, les courants de marée, les vents et le déferlement causent un courant parallèle à la côte qui déplace les sédiments côtiers faits de fines, de sables, de graviers et de galets, dans une direction privilégiée : le Nord. Plusieurs facteurs sont ici à l’œuvre, dans ce système côtier bien plus complexe qu’il n’y paraît…

Gilles Dawidowicz, président de la Commission de Planétologie

Crédit image : ESA/NASA–T. Pesquet

Retrouvez l’image sur Google Maps