À l’embouchure du Sambao

Thomas Pesquet poursuit sa deuxième mission spatiale à bord de l’ISS et nous fait parvenir des clichés de la Terre toujours plus somptueux. Cette fois, c’est une image de Madagascar que ses Community Managers commentent pour lui : “ Un des plus beaux pays du monde sans aucun doute : Madagascar ! On est accueilli par l’embouchure de la Betsiboka, qui déploie de magnifiques veines rouges sur des dizaines de kilomètres. J’avais pris la même photo pendant ma première mission sans savoir d’où venait cette flamboyance. Les internautes m’avaient appris qu’elle était malheureusement causée par la très forte érosion causée par la déforestation massive. Sans les racines des arbres pour ancrer le sol, à chaque précipitation des vagues de sédiments se déversent dans le fleuve jusqu’à l’océan… Un phénomène dramatique que l’on retrouve sur toute la planète : des surfaces de forêts de la superficie de la Station spatiale disparaissent toutes les trois secondes ! La FAO fait un travail remarquable pour la restauration de ce type d’écosystème, leurs experts ont les arguments et les propositions pour renverser la tendance : www.worldenvironmentday.global/fr/propos/restauration-des… #GenerationRestoration #WorldEnvironmentDay ”.

L’image a été prise le 28 avril 2021 à 10h38, à l’aide d’un Nikon D5 muni d’un objectif de 800 mm ouvert à 7.1. Le Nord se situe vers 13 heures.

Une fois encore, il y a une erreur de localisation (de la part des Community managers), car nous ne sommes pas au-dessus de la Betsiboka et de son embouchure (dans le Nord-Ouest de Madagascar), mais nous sommes au-dessus de Voalavo (dans l’Ouest de l’île), à la confluence de deux fleuves, le Sambao et le Maningoza. C’est à plus de 200 km au Sud de la Betsiboka… Une rapide vérification sur un service de globe mondialement connu aurait permis de s’en rendre compte.

Mais revenons à ce cliché. L’image couvre une région d’environ 16 km par 22 km. Il y a beaucoup à dire sur cette image dont les forts contrastes de couleurs trahissent une réalité complexe.

La coloration des eaux de ces fleuves côtiers est en effet dûe au transport d’alluvions et de sédiments qui proviennent des terres et des zones amont. Si les pratiques agricoles en sont un facteur aggravant, il faut toutefois bien préciser que les régions amont sont couvertes de latérites, des roches rouges typiques des régions tropicales et intertropicales, résultant de l’altération des roches en place par les éléments de la météorisation. En somme, le climat chaud et humide transforme avec le temps les roches, et la présence d’hydroxydes de fer ou d’hydroxydes d’aluminium les colore dans d’infinies gammes ocres. Avec les pluies et le ruissellement, les réseaux hydrographiques se chargent de les transporter jusqu’aux zones les plus basses, puis de les déverser dans les océans. C’est un cycle naturel.

Que l’on ne s’y trompe pas, les malgaches doivent pour survivre, exploiter leur environnement : c’est pour la majeure partie de la population aussi simple que cela. Et ils n’ont souvent pas d’autres choix que de déforester pour obtenir du bois de chauffe, puis de cultiver les terres ainsi gagnées sur les forêts primaires. Ces pratiques agricoles qui favorisent le ruissellement, détruisent les milieux naturels et les zones humides, accélèrent l’érosion puis transforment les paysages. Alors, à distance, depuis Paris, la Station spatiale ou depuis n’importe où sur Terre, bien que ce constat soit stupéfiant et désolant, il faut faire l’effort de comprendre.

Les solutions du XXIè siècle ne seront pas plus faciles à mettre en œuvre que celles du XXè siècle. Il faut aider les populations locales qui ne font que tenter de survivre…

Gilles Dawidowicz, président de la Commission de Planétologie

Crédits : ESA/NASA–T. Pesquet

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