Chants de la Terre lointaine : la Terre, en attendant la Lune
Moins de deux jours après avoir quitté la Terre à bord de la fusée géante SLS, l’équipage de la mission Artemis II (composé de deux américains, d’une américaine et d’un canadien), nous offre un spectacle saisissant. Alors que la capsule Orion poursuit sa route vers la Lune, son commandant, l’astronaute Reid Wiseman, a immortalisé notre planète comme on la voit rarement.
Un globe de velours et de diamants
À travers l’un des hublots du petit vaisseau spatial, la Terre se présente côté nuit, baignée par la clarté d’une Pleine Lune que le photographe a dans son dos. L’astre du jour, bien que caché, n’est pas totalement absent non plus : sa lumière dessine un fin croissant incandescent sur une partie du pourtour du disque terrestre, rappelant sa présence toute proche. Les rayons du Soleil dévoilent également la lumière zodiacale dans l’axe de l’écliptique.
Au centre du disque terrestre, l’Océan Atlantique et les côtes de l’Afrique de l’Ouest se parent de quelques scintillements. Les lumières des métropoles dessinent une carte vivante où l’on distingue très nettement Dakar, Nouakchott et bien d’autres grandes villes du continent. Le regard descend le long de la côte sénégalaise, survole le banc d’Arguin en Mauritanie, puis longe le littoral marocain jusqu’au détroit de Gibraltar. De l’autre côté, l’Espagne et le Portugal scintillent aussi, et l’on devine même les lueurs de l’Hexagone. Plus loin, le rivage Nord-africain, du Maroc à l’Algérie, de la Tunisie à la Libye, est souligné par quelques lueurs de villes côtières.
Aux confins de l’hémisphère Sud
Le voyage visuel ne s’arrête pas là. Plus au Sud, vers le haut de l’image, la Namibie et sa légendaire côte des Squelettes disparaissent sous les nuages, tout comme l’Afrique du Sud. Une magnifique aurore australe vient couronner délicatement le tout, brillant d’un vert éclatant sur le limbe de notre belle planète.
De l’autre côté de l’Atlantique, souvent masquée par une épaisse couche nuageuse, la côte orientale de l’Amérique du Sud se laisse deviner. On reconnaît sans peine la pointe Est du Brésil et l’État du Rio Grande do Norte, également ponctués par les lumières de grandes métropoles sud-américaines. Pour parfaire ce tableau cosmique, un point brillant en bas à droite de l’image : c’est la planète Vénus, venue saluer l’équipage dans son périple. C’est dans sa direction que se dévoile la lumière zodiacale trahissant l’action du Soleil, révélant la présence de poussières cosmiques proches de la Terre.
À cette distance, les tumultes et turpitudes de notre monde sont invisibles. La Terre, cet oasis de vie unique dans l’immensité de l’Univers, n’est pas encore le « point bleu pâle » cher à Carl Sagan, mais une sphère vibrante de vie et de lumière. Une vision qui invite à la contemplation, en attendant que les voyageurs d’Artemis II n’atteignent leur destination lunaire.
Gilles Dawidowicz – Président de la Commission Planétologie
Crédit : NASA

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