LA RESTAURATION DE LA MÉRIDIENNE DE ROUEN

La Méridienne de l’Hôtel de Ville, Eugène Atget, 1907

La restauration de la Méridienne de l’Hôtel de Ville est une belle leçon de ténacité, de patience et aussi de collaboration entre de nombreux acteurs.

La méridienne fut érigée sur les quais de la Bourse à Rouen en 1753. Symbolisant le commerce florissant dans cette ville grâce au port, elle fut intégrée dans une sculpture monumentale de Paul-Ambroise Slodtz. Autour d’un obélisque portant la ligne verticale de la méridienne et le trépied du disque à œilleton, furent placés deux personnages, un vieillard représentant le Temps et une femme le Commerce, ainsi que des instruments de navigation  comme le globe, le timon, l’ancre.

Cette sculpture fut déplacée et installée contre un mur des jardins de l’Hôtel de Ville en 1827. Lors de son installation, l’horloger rouennais Destigny fit fixer, dans la niche du soubassement en cailloutis placé sous la sculpture et l’obélisque de la méridienne, douze plaques mensuelles indiquant chacune le temps moyen à midi solaire les jours impairs.

La roche étant certainement de qualité médiocre l’état de la sculpture inquiétait déjà en ce début de siècle. Depuis aucune restauration sérieuse n’eut lieu, juste quelques travaux de nettoyage des plantes toujours prêtes à pousser en Normandie.

Dans les années 90, Elisabeth Hébert et Dominique Charlet, tous deux  passionnés respectivement d’histoire des sciences et d’histoire de l’horlogerie, cherchèrent à redonner vie à la Méridienne, monument remarquable, en l’étudiant et en la photographiant. Puis se mit en place un circuit de cadrans solaires et méridiennes de la ville proposé aux journées du patrimoines, à des sorties scolaires et à la commission des cadrans solaires de la SAF en mai 2011. Véronique Hauguel, membre de l’ASSP et de la commission des cadrans solaires de la SAF anime depuis plusieurs années ces circuits.

Sensibilisée au patrimoine rouennais, une conseillère de quartier, Danielle Claveau avec son conseil de quartier proposèrent à la mairie de Rouen la restauration de la Méridienne. En décembre 2015, une réunion avec la mairie eut lieu à laquelle Véronique Hauguel fut invitée comme conseillère scientifique du projet. Quelques mois plus tard une proposition fut faite de couper le projet en deux phases pour des problèmes de coût.

Phase 1

Nettoyage et traitement de la pierre, consolidation des parties fragilisées et réfection des joints.

Phase 2

Reprise de la potence, fabrication et pose d’un disque à œilleton et des douze plaques mensuelles.

La première phase fut votée le 1e juin 2017 avec un devis de 20 000€ des Ateliers Legrand et le chantier eut lieu en novembre 2017.

Pour la deuxième phase, Danielle Claveau ayant peu d’espoir que le projet soit choisi, Véronique Hauguel demanda conseil à Michel Lambalieu, responsable des projets de restauration de la commission des cadrans solaires, pour affiner le dossier. Le 4 avril 2018, le projet de la phase 2 fut accepté, mais il n’était question ni de la potence, ni du disque à œilleton.

À la commission des cadrans solaires de la SAF, qui se tint en Bretagne au mois de mai suivant, Véronique Hauguel présenta un diaporama sur l’histoire de la Méridienne et se fit aider de deux adhérents, Éric Mercier et Yvon Massé pour retrouver les tables de temps moyen au midi solaire de l’époque, vers 1830. Les tables retenues furent celles de la Connaissance des temps ou des mouvements célestes à l’usage des astronomes et des navigateurs, publiée par le Bureau des longitudes en 1829. Il ne s’agit pas des tables de Destigny comme le montre les légères différences dans les secondes sur le temps moyen. Véroniqe Hauguel sélectionna le temps moyen de tous les jours impairs de l’année en les présentant comme sur les plaques de Destigny. À la fin de l’année 2018, les Ateliers Legrand posèrent les 12 plaques de format 120´250´5 mm en pierre dure percées chacune de quatre trous pour recevoir les cabochons de fixation en laiton, le lettrage étant peint en rouge. Le devis estimatif était de 12 000 € HT.

Mais une méridienne sans disque à œilleton n’est pas une  méridienne !

Le vendredi 29 juin 2018 à 18 heures, l’inauguration des projets réalisés du conseil de quartier St Marc/Croix de Pierre/St Nicaise et notamment de la 1re phase de restauration de la Méridienne fut organisée par la mairie, dans le jardin de l’Hôtel de Ville. Le maire Yvon Robert était présent; Véronique Hauguel invita Dominique Charlet et Elisabeth Hébert, les acteurs de la première heure de cette restauration à y participer.

Dominique Charlet, horloger rouennais à la retraite, proposa alors de faire le disque à œilleton et de le poser, sous condition que la mairie puisse fournir une nacelle. L’ASSP proposa de payer les matériaux pour ce projet.

Le 18 janvier 2019, une première montée avec la nacelle permit à Dominique Charlet de faire des mesures et repérages, puis le 8 mars, le disque à œilleton fut posé lors de la deuxième montée avec la nacelle.

La dernière étape sera la vérification de l’heure du passage du point lumineux à midi solaire. Un petit problème subsiste : l’élagage de l’if qui trouve un malin plaisir à faire pousser des branches entre le Soleil et l’œilleton ! La mairie doit faire le nécessaire pour concilier le bon état de l’arbre et le bon fonctionnement de la méridienne.

Un panneau va être posé près de la méridienne avec un texte court et un QRcode renvoyant aux articles de l’ASSP sur la Méridienne.

Le 16 mai, l’inauguration de la méridienne est prévue avec la mairie, le conseil de quartier représenté par D. Claveau, la SAF représentée par V. Hauguel, l’ASSP représentée par É. Hébert, D. Charlet qui, avec son disque à œilleton, donne tout son sens à la méridienne

Plusieurs articles sont proposés sur :

http://assprouen.free.fr/dossiers/cadrans_meridiennes.php

Véronique Hauguel – Commission des cadrans solaires

La Méridienne avant et après les travaux de la Phase 1

Avant novembre 2017                                    Après novembre 2017

Plaque du mois de mai d’origine à gauche et après restauration à droite (après décembre 2018)

Disque à œilleton en cuivre recouverte de patine brune par Dominique Charlet