Koweit City la nuit

Thomas Pesquet nous propose cette vue avec le commentaire suivant : “Les villes du Golfe sont souvent très brillantes et faciles à repérer, sur la côte et adossées à un intérieur des terres assez peu illuminé. Koweit ne fait pas exception. J’aime particulièrement le pont qui traverse la baie, éclairé d’un bout à l’autre.”

L’image a été prise le 08 mai 2021 à 13h14, à l’aide d’un Nikon D5 muni d’un objectif de 400 mm ouvert à 2,8. Le Nord se situe vers 16 heures. L’image couvre une zone d’environ 45 km par 35 km.

Nous sommes au-dessus du Koweït et de sa capitale éponyme, toisant la baie de Koweït. L’Etat du Koweït se situe au Nord-Ouest du golfe Persique et au Nord-Est de la péninsule Arabique. C’est de nos jours un important producteur de pétrole, richesse qui a fait récemment de ce petit pays une immense puissance financière.

En plus de son emprise continentale, l’Etat du Koweït est également composé de 9 îles dont la plus grande est l’île de Bubiyan. Les autres îles étant Failaka, Warbah, Auhah, Miskan, de Qaruh, Umm Al’Maradem, Kubbar et l’île de Umm Al-Namil. Sur le cliché de Thomas, cette dernière est la seule que l’on devine dans la nuit noire, près de l’un des deux ponts très éclairés : le pont allant vers l’Ouest et menant à Doha (Jaber link Doha). Il fait 12 km de long, tandis que le pont vers le Nord-Est (Sheikh Jaber Al-Ahmad Al-Sabah) fait 36 km de long. Tous deux sont très éclairés la nuit…

L’Etat du Koweït – comme toute la région – est extrêmement aride et ne possède que très peu de ressources en eau douce. Les sols, les nappes phréatiques et les aquifères ont par ailleurs été pollués par les guerres récentes qui ont dévasté la région. On se souvient des incendies gigantesques de centaines de puits de pétrole mais aussi des quantités colossales de pétrole déversées dans le désert et dans la mer : de véritables marées noires qui ont ravagé la faune et la flore terrestre et marine, mais qui ont également pollué les airs.

Malgré tout, le Koweït tente de faire face, et les autorités ainsi que les organisations non gouvernementales travaillent à tenter de restaurer les écosystèmes fragiles, très malmenés également par les nombreuses activités industrielles et minières qui ne les épargnent guère.

Pour finir, et c’est également une plaie, l’éclairage nocturne des villes et de leurs différents quartiers et infrastructures (parcs, jardins, routes, monuments…) est vraiment une mauvaise idée, même si cela semble plaire à notre astronaute national. Une débauche et un gaspillage d’énergie inutiles et néfastes à la biodiversité déjà bien fragilisée… Mais Koweït City est en bonne compagnie… Toutefois, cet éclairage aura un mérite : celui de permettre de repérer facilement les quartiers et monuments les plus connus. Ainsi, en zoomant sur la photographie, on retrouve les deux grandes “Kuwait Towers” très éclairées la nuit sur la péninsule, mais également la presqu’île artificielle “Green island”, le centre historique de la ville en nucléus et ses grands quartiers arrangés en “blocs”, quelques larges avenues 2 fois 5 voies qui comme d’immenses artères irriguent la ville depuis son cœur, les nombreuses rocades périphériques en arcs de cercle, l’incontournable aéroport international et son superbe Terminal 2 (les pistes sont plongées dans le noir, mais le parking des avions en forme de “L” est bien reconnaissable), et bien d’autres lieux encore…

Il faut se rendre dans cet endroit du monde pour comprendre que l’humanité est bien décidée à s’implanter coûte que coûte et massivement dans toutes les régions de la planète, même les plus inhospitalières, et tenter de les transformer en des endroits un peu plus accueillants. Pas sûr que le pari soit gagnable sur le long terme, mais voilà déjà 400 ans au moins qu’ici, on s’y emploie…

Gilles Dawidowicz, président de la Commission de Planétologie

Crédits : ESA/NASA–T. Pesquet

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