Un système immunitaire affaibli

[6 août 2021]

Beaucoup moins médiatiques que la déminéralisation osseuse ou les radiations du fait des rayons cosmiques, les changements du corps des astronautes au niveau des défenses immunitaires font partie des modifications physiologiques liées aux voyages dans l’espace. Dès les missions Apollo vers la Lune à la fin des années soixante, il a été noté la survenue d’infections chez la moitié des astronautes pendant le vol ou peu de temps après le retour sur Terre. Il y a, parmi les plus célèbres, la fameuse rhinopharyngite (infection virale bénigne provoquant un écoulement du nez) de Wally Schirra, qui contamina tout l’équipage lors du vol Apollo 7 en octobre 1968, ou la pyélonéphrite (infection bactérienne au niveau du rein) de Fred Haise, lors la dramatique mission Apollo 13 en avril 1970.

Un système immunitaire affaibli

De nombreuses cellules et médiateurs interviennent dans la réponse immunitaire (lymphocytes, polynucléaires, macrophages, anticorps, cytokines, etc.). Tous agissent de concert pour identifier et combattre virus et bactéries cherchant à se propager dans notre organisme.

Des récentes études ont permis de démontrer que le système immunitaire des astronautes était perturbé chez près de la moitié d’entre eux lors des vols spatiaux. Ainsi en micropesanteur, l’organisme humain a plus de difficultés à se défendre puisque le système immunitaire va répondre de manière moins rapide et moins intense.

Des bactéries et des virus plus dangereux

Les astronautes peuvent développer des infections selon deux principaux mécanismes. Soit l’astronaute est infecté par un agent pathogène (virus, bactérie, champignon…) présent dans l’environnement du véhicule spatial. En effet il est impossible d’assurer un environnement spatiale stérile. Soit il s’agit d’un phénomène de réinfestation : le virus présent dans l’organisme à l’état latent se manifeste en raison d’une faiblesse du système de défenses immunitaires qui le contenait jusque-là, ce peut être le cas notamment du virus du zona.

Cette baisse de l’efficacité du système immunitaire est d’autant plus préoccupante que la micropesanteur semble avoir l’effet inverse chez les virus et bactéries. En effet, la virulence c’est-à-dire la capacité à infester un hôte ainsi que leur capacité à se multiplier une fois les cellules infectées est plus importante.

Et les antibiotiques ?

Malheureusement, le recours aux antibiotiques n’est pas la solution miracle. En effet, ils ne sont efficaces que sur les bactéries (comme sur Terre, « les antibiotiques, ce n’est pas systématique »). De plus, il faut pouvoir disposer de l’antibiotique adapté à la bactérie incriminée car il n’existe pas d’antibiotique efficace sur toutes les bactéries. La principale difficulté semble donc de disposer d’une large pharmacopée permettant de traiter toute infection bactérienne lors d’un séjour en orbite ou d’un voyage vers la lune ou Mars.

D’autre part, de récentes études ont tendance à démontrer que les bactéries dans l’espace seraient plus résistantes aux antibiotiques : une hypothèse en cours de vérification serait que les bactéries réussiraient à créer une « capsule » pour se protéger. De même certains antibiotiques seraient sensibles aux rayonnements et perdraient en efficacité.

Entre un système immunitaire affaibli, des virus et bactéries plus virulents et plus résistants, et des médicaments moins efficaces, nous comprenons pourquoi le risque de survenue d’infection est si grand en micropesanteur. La recherche portant sur la lutte contre les infections chez les astronautes doit donc se poursuivre pour mieux comprendre les mécanismes en jeu et gagner en efficacité afin d’envisager sereinement des séjours plus longs comme ceux prévus pour se rendre vers Mars.

Docteur Guélove Nolevaux