UN POINT BLEU UN PEU PÂLE

Crédit : NASA/JPL

Le 14 février 1990, Voyager 1 photographiait la Terre depuis l’espace : une image minuscule montrant à quel point notre monde habitable est petit, isolé, donc précieux et irremplaçable. Pour célébrer cet événement, l’Union Astronomique Internationale (IAU) propose le “Pale Blue Dot Project”. Il s’agit de proposer des événements, entre le 13 et le 20 février 2020, se fondant sur cette image pour la promotion d’une appartenance citoyenne à la planète Terre et pour la protection de la mince pellicule de vie qui la recouvre. Si vous participez à un événement public scientifique pouvant se rapporter à ce thème, vous pouvez prendre contact avec Bethany Downer [downer arrobase strw point leidenuniv point nl] avec Fabrice Mottez [fabrice point mottez arrobase obspm point fr] en copie (correspondant IAU Outreach pour la France). Pour en savoir plus :
https://www.iau-100.org/pale-blue-dot 

C’est sur la demande insistante de l’astronome Carl Sagan (1934 – 1996) que la NASA a ordonné à la sonde Voyager 1 de se retourner et de photographier les planètes qu’elle avait visité, dont notre foyer, la Terre. Alors distante de 6,4 milliards de kilomètres, notre planète apparait comme une petite tache bleue perdue dans l’immensité du cosmos à travers les rayons du soleil.

“Regardez encore ce petit point. C’est ici. C’est notre foyer. C’est nous. Sur lui se trouvent tous ceux que vous aimez, tous ceux que vous connaissez, tous ceux dont vous avez entendu parler, tous les êtres humains qui aient jamais vécu. Toute la somme de nos joies et de nos souffrances, des milliers de religions aux convictions assurées, d’idéologies et de doctrines économiques, tous les chasseurs et cueilleurs, tous les héros et tous les lâches, tous les créateurs et destructeurs de civilisations, tous les rois et tous les paysans, tous les jeunes couples d’amoureux, tous les pères et mères, tous les enfants plein d’espoir, les inventeurs et les explorateurs, tous les professeurs de morale, tous les politiciens corrompus, toutes les “superstars”, tous les “guides suprêmes”, tous les saints et pécheurs de l’histoire de notre espèce ont vécu ici, sur ce grain de poussière suspendu dans un rayon de soleil.

La Terre est une toute petite scène dans une vaste arène cosmique. Songez aux fleuves de sang déversés par tous ces généraux et ces empereurs afin que nimbés de triomphe et de gloire, ils puissent devenir les maîtres temporaires d’une fraction d’un point. Songez aux cruautés sans fin imposées par les habitants d’un coin de ce pixel sur d’indistincts habitants d’un autre coin.
Combien de fois ils peinent à s’entendre, comme ils sont prompts à s’entretuer, comme leurs haines sont tenaces.

Nos gesticulations, notre propre importance imaginaire, l’illusion que nous avons quelque position privilégiée dans l’univers, sont mis en question par ce point de lumière pâle. Notre planète est une poussière solitaire enveloppée par la grande nuit cosmique. Dans cette obscurité, dans toute cette immensité, il n’y a aucun signe qu’une aide extérieure viendra nous sauver de nous-mêmes.

La Terre est jusqu’à présent le seul monde connu à abriter la vie. Il n’y a nulle part ailleurs, au moins dans un futur proche, vers où notre espèce pourrait migrer. Visiter, oui. S’installer, pas encore. Qu’on le veuille ou non, pour le moment nous n’avons que la Terre.

On a dit que l’astronomie incite à l’humilité et fortifie le caractère. Il n’y a peut-être pas de meilleure démonstration de la folie des idées humaines que cette lointaine image de notre monde minuscule. Pour moi, cela souligne notre responsabilité de cohabiter plus fraternellement les uns avec les autres, et de préserver et chérir le point bleu pâle, la seule maison que nous ayons jamais connue.”

Carl Sagan, Pale Blue Dot: A Vision of the Human Future in Space

Source du texte traduit de l’anglais : Wikipédia