Tous myros ?

[26 mai 2021]

L’impact des séjours spatiaux sur la santé des astronautes est étudié depuis le début des vols spatiaux. La multiplication des vols de longue durée et l’apport de l’imagerie médicale à bord des stations orbitaux ont permis d’identifier différentes modifications physiologiques, dont certaines impactent la fonction visuelle. Ce phénomène est appelé VIIP ou Visual Impairment / Intracranial Pressure (trouble de la vue résultant du changement de pression intra-cranienne).
Si les raisons de ces modifications sont encore sujet à de nombreuses observations et études, elles entraînent du point de vue anatomique :
• un élargissement du nerf optique (chargé de transmettre les informations de l’œil vers le cerveau)
• un œdème (gonflement) du disque optique (zone de transfert des informations recueilli par l’œil vers le nerf optique)
• un œdème et des plis de la choroïde (membrane vasculaire de la partie postérieure du globe oculaire).
Concrètement, les astronautes développent une myopie, trouble de la vision dont l’inconvénient principal est de voir flou au loin.

Hypothèses
Parmi les hypothèses pouvant expliquer ces modifications, la piste privilégiée serait l’augmentation de la pression dans les vaisseaux sanguins circulant dans le cerveau du fait de la nouvelle répartition des fluides dans le corps des astronautes en l’absence de pesanteur.
D’autres pistes sont également étudiées comme l’augmentation de volume de liquide céphalo-rachidien (liquide entourant notamment le cerveau et ayant un rôle nutritif), le taux de dioxyde de carbone trop élevé ou encore la réalisation d’exercices physiques. Ces derniers nécessitent en effet de lutter contre une résistance, ce qui pourrait jouer également un rôle dans l’augmentation de la pression intra-cranienne. Des sensibilités génétiques sont également évoquées. Les explications sont sans doute multifactorielles.

Conséquences
Le sujet est pris extrêmement sérieux depuis une dizaine d’années par les agences à double titre car il est difficilement envisageable d’envoyer des astronautes se poser sur Mars ou piloter sans avoir des capacités visuelles leur permettant de lire les instructions, le tableau de bord des vaisseaux ou voir l’environnement extérieur. D’autre part, contrairement aux autres modifications physiologiques qui sont réversibles au retour sur Terre, certains résultats d’études montrent que ces modifications peuvent persister au long cours et donc entraîner des séquelles chez les voyageurs spatiaux.

Docteur Guélove Nolevaux

Crédit photos : ESA/NASA