[30 septembre 2021]

Thomas ou Mégan ?

Peu de femmes dans l’espace donc peu de données à étudier

La question de l’adaptation à la micropesanteur et au confinement est une priorité dans la composition des futurs équipages par les agences spatiales dans la perspective des voyages lointains.

Longtemps, les études médicales ont porté sur les hommes dans l’espace, pour la simple et bonne raison que très peu de femmes ont été sélectionnées comme astronautes ou cosmonautes. Bien que la parité soit désormais de mise dans les sélections, au moins du côté américain, la proportion de femme ayant volé dans l’espace atteint péniblement 20 % à ce jour. La dernière sélection de l’Agence spatiale européenne de 2009 (dont est issu Thomas Pesquet), n’avait permis de sélectionner que Samantha Cristoforetti (soit 1 femme pour 5 hommes), du fait d’un nombre restreint de candidatures féminines (1 287 sur 8 413 au total).

La différence entre adaptation masculine et féminine n’a donc fait l’objet que de peu d’études, faute de candidates à étudier, notamment lors des vols longs.

Quelques différences d’adaptation notables entre les hommes et les femmes ?

Fin 2014, le docteur Saralyn Mark (endocrinologue, gériatre et spécialiste de la santé des femmes à Washington, aux États-Unis) et trois associés ont publié dans un journal dédié à la santé des femmes une méta-analyse sur l’impact du genre sur l’adaptation à l’espace portant sur l’ensemble des études jusqu’ici parues (1).

Selon cette analyse, il apparait qu’il existe des différences notables entre l’adaptation physiologique des hommes et des femmes dans l’espace. Les femmes seraient plus sujettes à l’intolérance orthostatique présente au retour sur Terre (difficulté à se tenir debout sans faire de malaise lié à la baisse de tension artérielle). Parmi les explications, une plus faible capacité aux vaisseaux sanguins des membres inférieurs à se contracter et donc à maintenir une tension artérielle efficace et suffisante. Les femmes astronautes présenteraient également une plus grande perte de volume plasmatique que les hommes durant les vols spatiaux, ce qui conduit à réduire le volume sanguin et donc contribue à réduire la tension artérielle de base.

Les troubles visuels (présentés dans l’article Tous myros ?), ou VIIP (Visual Impairment / Intracranial Pressure), n’ont été observé dans cette étude que chez des hommes, d’où les différentes hypothèses essayant d’expliquer ces modifications (rôle des hormones, volume plasmatique, génétique…).

Sur Terre, les femmes ont démontré une meilleure capacité à se défendre contre les infections que ce soit virales ou bactériennes grâce à une meilleure production d’anticorps et de médiateurs intervenant dans la réponse immune. Cet atout n’est pas négligeable compte tenu du risque plus important de développer une infection dans l’espace.

Par contre, le genre féminin a montré plus de sensibilité à développer un cancer lors d’exposition à des taux de radiation. Cette exposition ne manquera pas d’arriver lors des prochains voyages vers la Lune et Mars.

Concernant le mal de l’espace, les études ont tendance à démontrer que les femmes sont plus sujettes à présenter ce désagrément : 50 % contre 38 % pour les hommes. Par contre, les hommes présentent plus de vertiges lors du retour à la pesanteur terrestre : 47 % contre 40 % pour les femmes.

Au sujet des pertes de masse osseuse et musculaire, il n’a pas été retrouvé de différences notables entre les femmes et les hommes. Le capital musculaire et osseux de chacun avant le départ serait par contre déterminant.

Le sujet de la reproduction dans l’espace ne peut être oublié d’autant plus que les longs voyages vont se multiplier. Les radiations auxquelles sont exposés les astronautes dans l’espace présentent un risque pour les appareils reproducteurs masculins et féminins. Jusqu’ici, la prévention des astronautes aux radiations n’a pas permis de constater une baisse de la fertilité. Il est connu et démontré que plus le taux de radiations augmente, plus le risque de stérilité s’accroît. L’étude révèle cependant que 13 femmes astronautes ayant volé dans l’espace ont donné naissance à 18 enfants en excellent santé. Par contre, des études « bedrest » (où les sujets sont alités) réalisées sur Terre ont retrouvé une baisse de la spermatogénèse chez les hommes.

Enfin, bien qu’aucun voyageur de l’espace n’ait présenté de colique néphrétique, la présence de calcul urinaire en post vol a augmenté autant chez les hommes que chez les femmes de manière significative.

La mixité : facteur de stabilité psychologique des équipages ?

La question de la mixité des équipages est à l’étude depuis longtemps. Les Russes ont procédé à plusieurs simulations d’isolement jusqu’à plus de 500 jours avec des équipages exclusivement masculins ou féminins. Une expérience mixte et internationale a tourné court, après un comportement jugé trop pressant d’un membre de l’équipe envers une participante lors d’un moment festif. Il est évident que les interactions sociales entre femmes et hommes au sein d’un même groupe peuvent avoir une incidence sur le comportement de l’équipage lors de longs vols spatiaux dans des volumes de vies restreints.

La présence de Svetlana Savistskaïa, deuxième femme russe à voler dans l’espace (en août 1982) et première femme à avoir réalisé une sortie extravéhiculaire (en juillet 1984), a profondément modifié l’attitude de ses collègues cosmonautes, qui ont tenu à avoir un comportement moins grivois et plus courtois du fait de la présence d’une femme dans l’équipage.

De nombreuses études portant sur l’isolement et les interactions sociales en milieu confinés dans les bases polaires ont démontré l’influence de la mixité ou de la présence de couples au sein des différentes équipes.

Du fait des critères de sélection, des qualifications et de la motivation de chaque membre d’équipages désormais, la question de la mixité ou non des équipages se posera certainement avec moins d’acuité. Mais les études sont toujours en cours afin de déterminer la meilleure composition des futurs équipages pour les missions martiennes et lointaines.

Docteur Guélove Nolevaux

(1) “The impact of sex and gender on adaptation to space: executive summary” (L’impact du sexe et du genre sur l’adaptation à l’espace : résumé analytique), de Aralyn Mark, Journal of Women’s Health, volume 23, number 11, 2014.