Risques physiologiques dans l’espace

[17 septembre 2021]

Crédit : ESA / NASA / SAF-CATS

Un vol dans l’espace n’est jamais sans risque du point de vue physiologique. Le corps des astronautes doit s’adapter et son fonctionnement est perturbé.

Parmi les modifications, certaines disparaissent au bout de quelques jours, d’autres sont constantes quelques soit la durée du vol et enfin certaines se majorent tout au long du séjour.

Durant les premiers jours sur orbite, l’astronaute peut ainsi présenter :

le mal de l’espace, vertiges et nausées du fait d’un conflit entre les informations reçues par la vision de l’astronaute et les otolithes véritables capteur de mouvement au niveau de l’oreille interne mais fonctionnant grâce à la pesanteur

un œdème du visage ou « puffy face », secondaire à la redistribution des fluides dans la partie thoracique et cervicale. Cela crée également un œdème des muqueuses pouvant altérer le goût des astronautes et donner l’impression d’une sinusite permanente.

Ces modifications ne durent en général que quelques jours (sauf la modification du goût qui peut perdurer durant le vol). Mais cela peut tout de même perturber considérablement les performances des astronautes les premiers jours en orbite.

Malgré les contre-mesures proposées à nos astronautes, ceux-ci peuvent présenter tout au long du vol spatial :

des troubles du sommeil liés à l’environnement et à la pression psychologique – voir notre article Insomnies en impesanteur

une lombalgie, l’absence de pesanteur modifiant l’épaisseur des disques intervertébraux (amortisseurs entre deux vertèbres, ils s’allongent en l’absence de gravité et peuvent créer des lumbagos et des conflits nerveux à la sortie du nerf au niveau du rachis)

une colique néphrétique, liée à la majoration de la filtration rénale du calcium secondaire à la décalcification osseuse. Cet « excédant » de calcium dans les reins peut provoquer des calculs rénaux.

une baisse des défenses immunitaires – voir notre article Un système immunitaire affaibli

une perte de sensibilité des récepteurs cutanés non exposés à la pesanteur

un risque de cancer secondaire aux rayonnements ionisants présents dans l’espace. Les Terriens sont en effet protégés par la ceinture de Van Allen (« champ magnétique » déroutant les particules et empêchant de pénétrer l’atmosphère terrestre), mais cette protection terrestre est diminuée même en orbite basse.

la diminution du volume musculaire cardiaque du fait de la diminution du volume sanguin circulant

le déconditionnement vasculaire qui peut engendrer une intolérance à l’orthostatisme (ou incapacité à se tenir debout au retour à la pesanteur) – voir notre article La transition gravitaire

une anémie (ou diminution du nombre de globules rouges) au retour sur Terre. La redistribution des liquides au niveau du thorax et céphalique entraine une hypovolémie durant le vol. A son issue, il faut plusieurs semaines pour créer un taux de globules rouges correspondant au volume sanguin qui va se reconstituer sur Terre – en quelques heures, lui.

la sarcopénie ou baisse progressive et généralisée de la masse musculaire – voir notre article Comprendre et prévenir la sarcopénie

trouble de la vision ou déficience visuelle par pression intracrânienne (VIIP)

l’inhalation de particules, l’absence de pesanteur dans l’environnement spatiale expose les poumons des astronautes à diverses inhalations (poussières, microparticules humaines et/ou métalliques)

troubles psychologiques, le confinement et l’absence d’interaction sociale peuvent engendrer agressivité, dépression, perte de motivation…

Toutes ces modifications sont heureusement réversibles soit durant le vol ou en post vol immédiat.

A ce jour, seules l’ostéoporose et les modifications visuelles sont encore observées plusieurs mois après le retour au sol. Les troubles de la vision font l’objet de recherches afin d’évaluer l’impact au long cours.

Le risque de cancer secondaire aux irradiations est à ce jour moindre, du fait de la limitation du nombre et de la durée des vols spatiaux autour de la Terre. Mais il sera une question à résoudre pour les vols à longue distance et de longue durée, notamment pour les futurs vols martiens.

Docteur Guélove Nolevaux