Photographier l’ISS depuis la Terre

[7 juillet 2021]

Thierry Legault, l’un des astrophotographes les plus talentueux au monde, nous explique comment réaliser des clichés de la Station spatiale internationale lorsqu’elle passe au-dessus de nos têtes, à 400 km d’altitude et… 28 000 km/h !

Ses plus belles réalisations sont disponibles sur www.astrophoto.fr

Repérer l’ISS

Une fois que l’on sait à quel moment passe l’ISS au-dessus d’un lieu donné, elle est très facile à repérer car elle est aussi brillante que la planète Vénus. On peut donc la voir depuis un centre-ville, pour peu que le ciel ne soit pas (trop) obstrué par des bâtiments…ou par des nuages.

Juillet 2020 depuis les Alpes : l’ISS, juste avant de traverser la Grande Ourse, semble frôler la comète Lovejoy (au milieu de l’image). © Thierry Legault 2021 / astrophoto.fr

Plusieurs applications pour smartphone prévoient ses passages visibles, qui se font toujours au crépuscule ou à l’aube, c’est-à-dire au moment où le Soleil se trouve sous l’horizon mais éclaire encore l’ISS qui, elle, gravite à 400 km d’altitude. J’utilise ISS Detector qui dessine, sur une carte simplifiée de la voûte céleste où se trouvent les points cardinaux et les principales planètes, la trajectoire de l’ISS et l’heure de ses prochains passages. Il est alors facile de la suivre à l’œil nu ou aux jumelles. Par contre, sa vitesse apparente étant comparable à celle d’un avion de ligne, l’observer avec une lunette ou un télescope astronomique à fort grossissement est pratiquement impossible.

Photographier l’ISS

La manière la plus simple de photographier un passage de l’ISS est d’utiliser un appareil doté d’un objectif grand angle et monté sur trépied. Il faudra le régler à ISO minimum et surtout en mode manuel, aussi bien pour l’exposition que pour la mise au point. Cette dernière se fera avant le passage de l’ISS, par tâtonnements sur un objet très lointain ou sur la Lune si elle est présente. Côté exposition, on se placera à ouverture modérée (f/4 ou f/5,6) et on règlera la durée d’exposition par essais. Une pose de quelques secondes suffit pour enregistrer une trace allongée du passage de la station. Au-delà, l’image risque d’être surexposée, surtout si le ciel crépusculaire est encore brillant. Pour éviter tout bougé de l’appareil, il faudra utiliser une télécommande ou, à défaut, activer le retardateur intégré à l’appareil.

L’ISS passe devant la Lune !

Voir l’ISS passer devant la Lune (on appelle cela un transit) est toujours un moment d’émotion mais ce n’est presque jamais le fruit du hasard : il faut se trouver au bon endroit et au bon moment car cet événement ne dure qu’une fraction de seconde et n’est visible que depuis une bande de terrain large de quelques kilomètres à peine. Heureusement, le site www.transit-finder.com réalise tous les calculs nécessaires, en vous indiquant les transits visibles dans votre région sur le prochain mois et en traçant chaque bande de visibilité sur une carte.

Transit lunaire de l’ISS peu de temps après le coucher du Soleil. Série de clichés pris en rafale et superposés, réalisés avec un appareil Olympus E-M1 et un téléobjectif de 280mm de focale. © Thierry Legault 2021 / astrophoto.fr

Les transits lunaires les plus faciles à observer sont ceux qui se produisent alors que l’ISS est encore éclairée par le Soleil, puisqu’on peut la voir se rapprocher petit à petit de la Lune. Au contraire, les transits se produisant en pleine nuit, alors que l’ISS n’est plus éclairée par le Soleil, sont plus délicats car on ne la verra que pendant son transit, en ombre chinoise.

Photographier un transit lunaire se fera avec notre appareil photo toujours sur trépied, mais cette fois avec un téléobjectif (ou, à défaut, un zoom à sa focale maximale) pour recueillir le plus de détails possibles sur la Lune et sur l’ISS. Comme précédemment, on se placera en mode manuel et on fera la mise au point au préalable sur la Lune. L’exposition sera réglée pour obtenir une luminosité correcte de la Lune, en conservant une pose rapide (pas plus longue que 1/500 ou 1/1000 s) destinée à figer le mouvement de la station. Là aussi, la télécommande est indispensable pour déclencher l’appareil (en vue simple ou en rafale) sans le faire vibrer. On peut également utiliser le mode vidéo de l’appareil, tout en restant conscient que la résolution de l’image sera bien plus basse qu’en photo.