[20 octobre 2021]

Mon héros tique !

Diplômée de la faculté de médecine Paris XIII en études biologiques, psychologiques et sociales de la sexualité humaine, Catherine Blanc est psychanalyste, psychothérapeute et sexologue, mais également auteure de chroniques mensuelles pour Psychologies magazine.

Cher Thomas,

Tandis que l’on vous envoie prendre de la hauteur sur notre monde, explorer d’autres possibles, observer les fonctions corporelles humaines loin de l’attraction terrestre (et faisant fi à ce propos de la question de la sexualité), de mon côté sur le plancher des vaches je suis interrogée au sujet de cet intime. Force est de constater que ce que chacun en retire importe peu, ce qui ici semble intéresser, ou préoccuper au premier chef, est la normalité aussi mouvante avouons-le que la météo. À l’heure où je vous parle elle doit être, tous sexes mâtures confondus, attraction justement.

Sans cesse active, réciproque et bouillonnante considérant qu’ainsi se définie la posture d’adulte, la légitimité de sa place dans la société, l’étendue de son désir et de fait de son pouvoir.

Tandis qu’au nom de la conquête de l’espace, pour un jour peut-être un plan B pour des colonies humaines, on vous fait chevaucher (ouuuh) l’espace en hors bite (oups ! décidément), ayant préalablement veillé à ne pas envoyer dans la station spatiale un couple d’astronaute supposant que leurs désirs (?) leurs pulsions (?) leur émotions (?) puissent agir sur le frein de leur concentration et capacité d’analyse, on me demande de sonder les cœurs, les âmes et les culottes que trop refroidis afin que leurs propriétaires s’adonnent aux plans Q le cas échéant, qu’ils osent lâcher prise et s’aimer à s’en retourner la tête et les corps.

Voilà qui me laisse songeuse…

Vous aurait-on assigné le rôle héroïque d’échapper à celui érotique qui décidément questionne et fait peur à la mesure de son irrésistible attrait, quand on attend sur terre une normalisation et un laisser passer pour s’envoyer en l’air ?

Aurait-on oublié que même sans partenaire sexuel, vous avez embarqué avec votre sexe et que c’est bien votre sexe et non le/la partenaire qui est à l’origine de votre sexualité, éveillée ou pas ? Que sans aucun doute, il participe d’une manière ou d’une autre, actif, réactif ou silencieux à votre élan de vie missionné ;-) que vous êtes au sein ;-) des étoiles ?

Je vous le dis tout de go (pardonnez-moi cet enthousiasme gourmand et frénétique, que voulez-vous je suis sur Terre !), vous êtes Thomas mon Héros ! Et je sens bien en écrivant cela que mon héros tique ! Car en votre qualité et non des moindres d’astronaute bien sûr, mais aussi d’homme monte-en-l’air dans la fleur de l’âge, vous témoignez non seulement que ne pas faire l’amour six mois durant, ne vous rend ni agressif ni mal luné ;-), pas plus que cela ne relève d’un syndrome dépressif ou de trou noir. Mais aussi que votre excitation peut vous inviter à d’autres cabrioles (incroyables il faut bien le dire) que celles érotisées sans que vous n’en perdiez une once de virilité.

Merci, merci Thomas car oui, je ne cesse de le répéter, nous ne sommes pas esclaves de nos pulsions, apesanteur ou non, point d’inévitables coupables fatale attraction (Oups ! voici une référence cinématographique un peu trop ancienne car vous n’aviez que 9 ans pardonnez-moi). L’excitation sexuelle est un possible merveilleux dont il appartient d’user librement et paisiblement à but de plaisir physique personnel, de conversation charnelle avec l’autre ou métabolisée en énergie créative.

Elle est une ambition chevillée au corps et vous en être l’illustration merveilleuse. Et puisque personne ne l’ose, je l’ose : Thomas, vous êtes mon Thomas… non, pas de possessif entre nous, je parlais de la signification de votre prénom qui veut dire jumeau… Vous êtes mon jumeau stratosphérique, c’est-à-dire au-delà de toute attraction… et pourtant… je me vois très tentée de profiter de votre devoir scientifique pour vous inviter à consigner dans un carnet rose de bord relatant vos rêves et fantasmes SpaceX, les rappels de votre corps à votre bon souvenir, le plaisir à les accueillir et y répondre ou la nécessité ou le confort de les refouler. Bien sûr serait-il utile d’évaluer à votre retour le mâle de terre nous permettant d’en tirer des conclusions des plus intéressantes, et poursuivre ainsi tous les deux, unis vers l’uni dans cette mission spéciale, les travaux de Masters & Johnson.

Vous voilà cher Thomas chargé d’une nouvelle mission. Je vous laisse à présent en apesanteur et, comme le chantait Calogero, « pourvu que personne n’arrête le voyage ».

Enjoy!

Catherine Blanc
Photo : David Ignaszewski / Koboy © Flammarion