Migrations d’oiseaux vues d’en haut

[2 août 2021]

Traduction par Olivier Sautret de l’article « International Space Station Images Trace Bird Migrations » paru le 2 mars 2021 sur le site de la Nasa.

Le projet Apass (Avian Migration Aerial Surface Space), espace aérien des migrations aviaires, utilise les milliers de clichés pris par les astronautes pour avoir des informations sur les nombreuses migrations d’oiseaux sur tout le globe. Appelé aussi « Espace pour les oiseaux » (Space for birds), ce projet cartographie les routes prises par sept espèces d’oiseaux en danger ou menacées, en soulignant les modifications induites par des activités humaines. Après plus de quatre ans, les astronautes ont pris des images des endroits clés des chemins migratoires de ces sept espèces. La fondation Roberta Bondar soutient le projet Amass en collaboration avec la Nasa et l’agence spatiale canadienne (CSA). La fondation est portée sur la recherche et l’éducation et a été créée par Roberta Bondar, la première femme astronaute canadienne.

« Nous faisons de l’éducation à l’environnement un moyen d’aimer les gens quelque chose, dit-elle. S’ils aiment quelque chose, ils vont le protéger ». Elle a voyagé dans des régions lointaines, prenant des photos du sol et depuis les airs des oiseaux et de leur environnement, mais sachant que les photos prises depuis l’espace englobent de plus grandes régions.

Roberta Bondar prend des photos aériennes d’oiseaux sur le lac Bogoria en Afrique pour le projet « Space for Birds ». Crédit : Roberta L Bondar

Ces images font partie du projet de « Crew Earth Observation » (CEO) de la Station spatiale internationale, qui rassemble une grande variété de projets de recherche et d’enseignement. Le projet Amass a débuté avec CEO en 2016, en photographiant les migrations de la grue blanche en Amérique du nord. La collaboration a augmenté avec l’arrivée de l’astronaute canadien David Saint-Jacques.

« Cela a toujours été une passion pour moi d’observer la Terre depuis l’espace, dit David Saint-Jacques. Parce que les oiseaux sont affectés par ce que nous faisons sur la planète, c’est une belle façon de donner un sens à mes observations de la Terre. Voir l’étendue des migrations depuis l’espace, les imaginer voler sur ces incroyables distances, cela inspire notre conscience ».

Les équipages suivants ont continué le travail. Prendre des photos est une activité populaire dans la station dit David Saint-Jacques. Ainsi il est facile de recruter de nouveaux photographes.

L’astronaute de l’Agence spatiale canadienne David Saint-Jacques prend des photos à travers les hublots de la coupole de la Station spatiale internationale. Crédit : CSA/Nasa

Les sept espèces d’oiseaux du projet, choisies par Roberta Bondar en consultation avec le Programme des Nations unies pour l’environnement (United Nations Environment Program) et l’organisme américain US Fish and Wildlife Service, sont : le bécasseau à queue noire, la barge à queue noire, le flamant rose nain, le pluvier siffleur, le pipit de Sprague, le bécasseau maubèche rufa et la grue blanche d’Amérique.

Un couple de grues cendrées (Grus americana), espèce menacée, lors de sa première halte migratoire automnale en Saskatchewan, au Canada. Ces grues sont l’une des sept espèces incluses dans le projet « Space for Birds ». Crédit : Roberta L. Bondar

Le projet prévoyait des expositions et des événements éducatifs, mais pendant la pandémie, il a été décidé de créer des cartes en ligne. Ces cartes donnent des informations sur la biologie et les menaces de survie liées à chaque espèce, de même pour les images, vidéos et cartes des pays et leurs changements. La première carte complète concerne le flamant rose nain.

De plus, le « CSA’s Exploring Earth » canadien, un projet éducatif avec photos de l’espace et cartes interactives, inclut les migrations d’oiseaux. Les cartes sont des photographies de l’espace, des informations sur chaque espèce, et des ressources pour les professeurs. Les utilisateurs peuvent apprendre pour une espèce leurs lieux de nidification, leurs parcours, leurs lieux de résidence d’hiver.

Cette image prise depuis l’ISS montre le lac Victoria, à gauche, et le lac Natron, en haut au milieu, en Afrique. Les flamants nains y trouvent un habitat important. Crédit : CEO/NASA

Au niveau mondial, 1 500 espèces d’oiseaux sont menacées d’extinction, et la rupture de certains couloirs migratoires représente une menace sérieuse. Les images spatiales aident à porter attention à ces menaces.

« L’imagerie spatiale montre la position d’un habitat à l’échelle de la planète, dit Roberta Bondar. L’émotion et la vision concentrent les gens sur la conservation ».

La rivière Platte au Nebraska apparaît comme une fine ligne bleu courant depuis le haut de cette image prise depuis l’espace. Les grues cendrées se rassemblent sur la Platte au cours de leurs migrations bi-annuelles entre le Canada et la côte du Golfe du Texas. Crédit : CEO/Nasa

Prendre des photos de la station spatiale est un défi unique, compte tenu de la vitesse de la station – 7 kilomètres par seconde – et le planning chargé de l’équipage. « Vous avez ces petits moments privilégiés en passant sur un lieu et pas beaucoup de temps pour se préparer, dit David Saint-Jacques. Vous avez hâte de voir la scène et elle arrive plutôt rapidement et juste quelques secondes et quelques secondes de plus pour regarder en arrière. Trouver la bonne image, c’est un peu de l’art ». De plus, toute la logistique doit être en place, y compris identifier la cible, avoir la lentille correcte, et aussi compter avec la couverture nuageuse et la saison. Mais l’effort en vaut la peine. « L’orientation sur ces distances que suivent les oiseaux est toujours un mystère pour les zoologistes, dit David Saint-Jacques. Il faut une immense technologie humaine pour voler autour du monde, et les oiseaux le font juste, sans technologie. J’ai acquis plus de respect pour ces animaux, en sachant que le monde entier est leur territoire ».

Roberta Bondar remarque que presque tout le monde a un appareil photo aujourd’hui, sur le téléphone ou autre, nous procurant une lentille accessible à l’observation de la nature. « La photographie peut nous reconnecter à la nature. Depuis l’espace, nous pouvons voir des couloirs de migration entiers et des chemins dont nous ne connaissions pas l’existence. C’est un aperçu de l’exploit extraordinaire de ces oiseaux ».

Le flamant rose nain (Phoeniconaias minor), une espèce menacée, nidifie dans les lacs de la Rift Valley en Afrique de l’est. Cette espèce est une des sept espèces du projet « Space for birds ». Crédit : Roberta Bondar

Pour David Saint-Jacques, un des moins tangible des nombreux bénéfices de l’exploration spatiale est cette nouvelle perspective. « La station spatiale est un grand testament de l’exploration spatiale unifiée. Très rapidement, vous sentez que vous n’êtes pas un citoyen d’un pays particulier, mais un Terrien. Nous partageons cette planète avec beaucoup d’autres espèces… et nous avons la responsabilité d’être de bons colocataires ! ».