Massage cardiaque dans l’espace

[20 mai 2021]


Crédits : @medizinfoto Uniklinik Koeln, NASA

Avec l’ouverture prochaine des vols spatiaux aux touristes (sans limite d’âge, et peut être moins bien préparés physiquement), et les perspectives de voyages lointains vers Mars, la probabilité de survenue d’un évènement médical grave va augmenter. De plus, les astronautes de la Station spatiale internationale, même sélectionnés de manière drastique du point de vue physique, ne sont pas à l’abri d’un accident potentiellement mortel : électrocution, intoxication à un gaz, hypoxie par manque d’oxygène, traumatisme ou noyade lors d’une sortie dans l’espace (comme l’astronaute italien Luca Parmitano a failli en faire l’expérience en 2013). Les spécialistes de médecine spatiale ont donc développé des procédures médicales incluant la prise en charge d’un arrêt cardiaque.

Il faut savoir que secourir une personne dans l’espace n’est pas aussi simple que sur Terre. Soumis à la pesanteur terrestre, lors du massage cardiaque, le sauveteur utilise le poids de son corps pour pratiquer des compressions sur la cage thoracique. En pesanteur réduite, cela n’est pas possible en l’absence de matériel adéquat ou de technique adaptée : le principe d’action/réaction séparerait automatiquement la victime du secouriste à la première tentative de compression !

Une étude récente du professeur Jochen Hinkelbein, chef du service de médecine d’urgence du département d’anesthésiologie et de soins intensifs opérationnels de l’hôpital universitaire de Cologne, en Allemagne, a répertorié différentes techniques identifiées afin de réaliser un massage cardiaque en micropesanteur.

Les deux premières ne nécessitent pas de point d’attache pour la victime et le sauveteur : la « Reverse Bear Hug Method » (méthode du câlin inversé) et la « Evetts-Russomano Method » (méthode Evetts-Russomano). La première consiste à enlacer par l’arrière la victime et à comprimer la poitrine en l’entourant avec ses deux bras. La deuxième consiste à enlacer la poitrine de la victime entre ses cuisses et comprimer la poitrine avec ses membres supérieurs. Bien que présentant l’avantage d’être rapidement mise en œuvre, ces techniques sont bien moins efficaces et s’avèrent vite fatigantes.

D’autres méthodes nécessitent un « Crew Medical Restraint System » (Système de retenue médicale de l’équipage), matériel permettant de fixer la victime à une table et la sangler. Le sauveteur, lui aussi sanglé au module de la station peut se positionner soit sur le côté, soit à califourchon au-dessus de la taille de la victime afin de pratiquer le massage cardiaque.

La dernière méthode, ou « Handstand Method » (Méthode d’équilibre sur les mains), semble avoir la préférence des agences spatiales et des astronautes. Elle consiste à installer et sangler la victime puis le sauveteur positionne ses pieds sur le mur opposé, bras tendu au-dessus de sa tête et c’est la flexion/extension des membres inférieures qui permet de générer une force efficace pour comprimer la poitrine de la victime. Cette méthode fait l’objet d’exercice régulier par les astronautes dans l’ISS.

Ces manœuvres sont les premières étapes de la réanimation cardio-pulmonaire, qui en comportent plusieurs pour éviter la survenue d’autres complications une fois le cœur reparti. Il est aisé de comprendre que la procédure complète est difficile à mettre en œuvre dans une station spatiale que ce soit autour de la Terre ou vers une destination plus lointaine. Il est cependant important de disposer d’une méthode permettant de donner une chance de survie à une victime qui sans assistance est promise à une mort certaine, tout en permettant aux astronautes présents de s’assurer qu’ils sont en capacité d’agir et ainsi de mieux gérer l’impact psychologique immédiat et a posteriori.

Docteur Guélove Nolevaux