Les coulisses d’un contact Ariss

[3 juin 2021]

Le 31 mai a eu lieu le quatrième contact radioamateur entre des élèves de la Bresse et l’astronaute Thomas Pesquet, en direct depuis la Station spatiale internationale, dans le cadre du programme pédagogique international Ariss. Voici le compte rendu de notre envoyée spaciale à Pirajoux, dans l’Ain, à une vingtaine de kilomètres de Bourg-en-Bresse.

Aujourd’hui, je vous emmène dans les coulisses de la rencontre étoilées des écoliers et collégiens de Marboz et écoles environnantes, pour laquelle j’étais envoyée spatiale lors de leur appel avec l’astronaute Thomas Pesquet le lundi 31 mai. Nous étions rassemblés dans une salle près de Marboz, à Pirajoux. Et pourquoi pas à Marboz ? Parce que la salle de Pirajoux possède une meilleure liaison.
Un moment tout simplement magique.

De longs préparatifs
La rencontre, c’est d’abord des mois et des mois de préparation. Et des questions. Un total de 800 questions. Il fallait donc sélectionner, faire et refaire. Seules vingt seront finalement posées.
Avec le Covid, la fête qui devait être immense, prévue sur un stade de foot et réunissant toutes les écoles et le collège, a dû être plus « simple ».
A l’intérieur de la salle des fêtes de Pirajoux ne pouvaient rester pour le direct que les élèves titulaires, le professeur et les radioamateurs permettant la retransmission.
Ainsi que la presse, dont la Muse en parle, envoyée spatiale pour la Société Astronomique de France et KidiScience.
A l’extérieur de la salle, des chaises pour les élus et les invités, des écrans pour la retransmission.
Et dans les écoles et au collège, la retransmission également. L’arrivée du direct fut un moment extraordinaire. Mais j’y reviendrai.
Moi, ce qui m’intéressait, c’était bien évidemment l’échange, mais surtout les coulisses. Venez, je vous fais découvrir tout cela en quelques épisodes.

Après le contact
Après la diffusion, tous les journalistes présents (presse écrite, TV) se sont précipités sur les enfants et les ados qui avaient posé des questions au célèbre astronaute. Ils ont également interviewé Michel Maisonneuse, radioamateur écouteur à l’initiative du projet, et Grégory Gouly, le professeur passionné qui a œuvré pour que ce rêve devienne réalité, sans oublier les radioamateurs. Certains ont été visiter les expositions (magnifiques) et ont posé des questions aux enfants. Certains ont filmé les coulisses. Bien évidemment, je l’ai fait également. J’ai posté en direct sur les réseaux. Mais en tant que spatialiste, j’ai aussi cherché plus loin. Parce que, comme dans le spatial, c’est bien le travail de tous qui a permis cette rencontre idéale.

Interview d’une collégienne
En exclusivité pour la SAF, j’ai interviewé Amaëlle, suppléante, qui explique en quoi son rôle consiste : « Nous sommes autant que les titulaires, nous avons nos propres questions, mais nous ne les poserons pas à Thomas Pesquet. Nous sommes prêts si quelqu’un est trop stressé ou fait un malaise… Ce qui n’a pas été le cas, tant mieux. » Ainsi, Amaëlle, comme tous ses camarades suppléants, est restée dehors à regarder la diffusion sur un écran. Même si elle aurait adoré poser sa question à l’astronaute, elle ne regrette rien. Ils ont en effet tous et toutes travaillé en collaboration. C’est comme dans le spatial, sans les remplaçants, sans les professeurs, rien n’aurait été possible.
C’est tout sourire que, du haut de ses 14 ans, elle nous fait part de son ressenti : « C’est vraiment génial comme expérience. C’est très bien. En plus, moi je fais partie du seul collège qui a été accepté, alors je suis vraiment très contente. J’avais ma famille aussi. Et samedi, il y a eu une auteure qui est venue faire des dédicaces à la médiathèque. Ma mère m’a dit qu’elle y allait pour moi et que l’auteure viendrait aujourd’hui, mais j’ai peur de l’avoir manquée ».
Et quand elle a découvert que l’auteure et l’intervieweuse ne faisait qu’une, elle était ravie de cette rencontre et n’a pas manqué de le faire savoir : « Mais c’est vous ? Je suis trop contente ».
[Note de l’auteure : j’ai été très émue, j’adore ce genre de rencontre, avec des enfants ou des ados qui ont les yeux qui brillent. Ce sont des moments merveilleux qui font que c’est extraordinaire d’être auteure/trice]
Est-ce qu’Amaëlle rêvait déjà de spatial ? Oui, mais différemment. C’est une artiste (petit clin d’œil à Jeanne Morel) : « Pour cette expérience Thomas Pesquet, ça a été vraiment super, je me suis un peu plus intéressée à l’espace et à lui. Je n’ai pas plus envie que ça de voyager dans l’espace, mais j’adore le théâtre, j’adore la musique, ça serait génial de faire une chanson sur Thomas Pesquet, de faire des mises en scène sur l’espace, ça m’inspire beaucoup ».
La question qu’Amaëlle avait en réserve était : « Comment fais-tu pour connaître l’heure de ton coucher, puisqu’il y a 16 levers de Soleil ? ».
Merci à Amaëlle pour sa gentillesse et ses réponses.

Du côté des organisateurs
J’ai également pu interviewer Grégory Gouly, professeur au collège de Marboz. C’est lui qui a porté le projet. J’ai aussi rencontré Michel Maisonneuse, le radioamateur à l’initiative du projet. Grâce à ces deux passionnés, les enfants et les adolescents ont eu des étoiles plein les yeux.

Grégory Gouly : « On ne pouvait rêver meilleure connexion »
Grégory Gouly, le professeur du collège qui a porté le projet, est très soulagé : « On ne pouvait pas rêver une meilleure connexion avec Thomas Pesquet. On l’a appelé, dans la seconde, il a répondu. Michel [Maisonneuse, le radioamateur à l’initiative du projet, a été chargé de l’animation, NRDL] a réussi à dire des petites choses pendant 30 secondes, on avait l’impression que cela aurait pu durer des heures ».
Quand on lui demande si tout est terminé, Grégoly Gouly précise : « C’est un travail sur deux années. Nous avons déjà réalisé plein de projets spatiaux, et nous allons continuer l’année prochaine : nous allons faire plein d’activités autour de l’espace, notamment envoyer un ballon sonde avec le Cnes, mais aussi faire paraître des articles sur KidiScience avec la classe de 4e… Beaucoup d’activités sont prévues ».
Il est fatigué, mais heureux. Très heureux.

Michel Maisonneuse : l’homme qui écoute à l’oreille de l’ISS
Michel Maisonneuve, lui, est écouteur. Il n’émet pas, il a le même matériel, mais ne passe jamais en émission. C’est une passion. Il écoute les radioamateurs, les radios numériques … plein de choses. Quand on lui demande à quand remonte cette passion, il répond avec enthousiasme : « Ça m’a pris à l’âge de 14 ans, le matériel a évolué depuis ».
Pourquoi ce projet ? Tout simplement, ses deux enfants étant au collège, il est allé voir le professeur en septembre 2019. Il n’y avait pas encore le Covid. Ils ont lancé un gros projet : stade, spectacle… Les plans ont dû être changés, mais pas la motivation ; et comme il le précise « finalement, une émission télé c’est pas mal ». Et en effet, « c’est pas mal ». Il est enthousiasme : « Vous pouvez nous retrouver sur Youtube, ça va rester indéfiniment. Ça s’est super bien passé au niveau du contact. La radio était très claire, on s’est très bien entendu, il a même répondu à une question qu’il ne connaissait pas [hors protocole, NDLR], je l’ai rajouté et ça m’a fait rire. Je l’avais préparée depuis longtemps, il fallait que je la place ».
« Bonjour Thomas, c’est Michel, l’animateur. Est-ce que vivre en boîte, ça conserve ? Question subsidiaire. Over ».
Thomas Pesquet a répondu à cette question subsidiaire avec la gentillesse qu’on lui connait, tout en répondant à l’invitation de l’animateur : « J’espère que tout va bien à l’école, que vous suivez la mission et à très bientôt dans le futur. Over ».
Et comment ça marche, tout cela ? Michel Maisonneuve explique : « Ce sont des antennes directives qui suivent l’ISS, c’est pour cela qu’il y avait une bonne qualité. C’est un Italien qui faisait le relais au niveau d’un aéroport, donc il est complètement dégagé, les antennes sont libres, il n’y a pas d’arbre… C’est un radioamateur comme nous, il a monté une très belle station avec des antennes directives, un rotor, vous pouvez la retrouver sur Youtube aussi, parce que lui, il a enregistré de son côté, avec différentes vidéos, c’est la station de référence ».
Il est heureux, mais reste humble et remercie toutes les personnes qui ont participé : « Vous savez, il fallait des bons professeurs qui suivent et nous les avons eus ». En tout seront installés une dizaine de PC, une régie vidéo, des régies audio, une régie lumière, trois caméras, tout ce qui est projecteurs … Six-sept heures de mise en place. Tout cela par des bénévoles passionnés.
Bravo à eux.

Christine Aubouin-Decroix, spatialiste
@lamusenparle

Vidéos

Explication aux enfants

Juste avant le contact

Le président des RA de l’Ain

Grégory Gouly, professeur heureux

Michel Maisonneuve