La réunion de la Commission des étoiles doubles à Lille

Les 12 et 13 octobre 2019, les membres de la Commission des étoiles doubles de la SAF ont tenu leur réunion semestrielle dans les locaux de l’observatoire de Lille. La création d’un observatoire par l’Université de Lille avait eu lieu en 1934 après le rachat de la lunette de Robert JONCKHEERE (1888-1974). La vie hors du commun de cet astronome amateur, membre de la SAF, devenu très jeune un spécialiste de l’observation des étoiles doubles, puis un astronome professionnel à l’âge de 54 ans est contée dans un livre écrit par Jean-Claude Thorel et publié sous le titre « Le ciel d’une vie Robert Jonckheere » (Editions Le Temps Présent). Au cours de sa carrière, Robert Jonckheere a découvert plus de 3 550 étoiles doubles. Son nom a été donné à l’Association des amis de l’observatoire de Lille qui valorise le patrimoine scientifique de cet établissement. Entre autres, ses membres observent avec cette lunette et en assurent l’entretien.

Qu’appelle-t-on « étoile double » ?
Sur la voûte céleste, il n’est pas rare d’observer deux étoiles particulièrement proches l’une de l’autre. Il peut s’agir d’une coïncidence : deux étoiles très éloignées l’une de l’autre se trouvent alignées avec l’observateur. Ou bien ces deux étoiles sont réellement proches l’une de l’autre et liées par leur attraction mutuelle. Elles sont alors en rotation autour de leur barycentre (ou centre de masse). Dans le cas de couples très serrés, il arrive qu’un transfert de matière ait lieu entre les deux astres. Ce phénomène modifie les caractéristiques physiques de ces étoiles et influe sur l’évolution de chacune d’elles. La variété des types de couples stellaires est grande.

La rencontre de Lille a réuni des astronomes professionnels et amateurs
Contrairement aux amateurs, les astronomes professionnels concentrent leurs recherches vers les couples les plus serrés. Des professionnels ont montré à Lille comment ils utilisent les données des satellites Kepler et Gaia, les complètent avec leurs propres programmes d’observations au sol pour obtenir de nombreux renseignements sur ces étoiles. Généralement, il n’est pas possible de résoudre ces couples d’étoiles, c’est-à-dire qu’on ne peut pas distinguer la lumière issue de la composante principale de celle de son compagnon : les deux étoiles apparaissent donc comme un point lumineux unique. Mais grâce à la spectroscopie et à la photométrie, il est possible d’obtenir des paramètres physiques pour chacune des composantes, voire de mettre en évidence des disques d’accrétion ou des jets de matière. Dans un autre domaine et c’est une première, la Collaboration GRAVITY du VLTI a réussi à détecter une exoplanète grâce à l’interférométrie optique.

Quant à eux, les amateurs n’ont généralement pas accès à ces techniques pour observer les étoiles doubles. Mais, ils ont sur les professionnels l’avantage de pouvoir disposer de leurs instruments plus longtemps et de suivre les couples stellaires dans la durée. Quand les deux composantes sont résolues, les mesures effectuées par les amateurs complètent celles des professionnels, améliorant le suivi des couples stellaires dans leurs révolutions orbitales. Certains amateurs se sont lancés dans le calcul des orbites.
D’autres amateurs utilisent la photométrie pour suivre les étoiles binaires à éclipses. Ils recherchent par exemple des irrégularités dans la succession des éclipses, pouvant les mettre sur la voie de la découverte d’un troisième compagnon.

La prochaine réunion de la Commission aura lieu le samedi 18 avril 2020 au siège de la SAF.
D’autres informations sont données sur le site internet de la Commission des étoiles doubles : http://saf.etoilesdoubles.free.fr/

Edgar Soulié et Patrick Wullaert

Images : André Amossé