Il a toutes les qualités

[17 juillet 2021]

Crédit : S. Corvaja / ESA

Thomas Pesquet, il se trouve que je l’ai sélectionné en 2009. En un mot : il a toutes les qualités. La sélection a duré un an, et j’avais dit à mes collègues chargés des tests (j’en avais subi certains lors de la première sélection de l’ESA en 1977), de filtrer l’ensemble de 8 000 candidats sur les plans technique, physique et psychologique jusqu’au dix derniers que je voulais voir un par un.
Car pour moi, les astronautes sont encore plus importants sur Terre que dans l’espace. Ce qu’ils font dans l’espace est remarquable et je le respecte mais, à mes yeux, les astronautes sont avant tout les ambassadeurs de l’espace sur Terre. Quand j’étais directeur général de l’ESA et que je me trouvais devant un public sur une estrade aux côtés d’un astronaute, personne ne s’intéressait à moi, seul l’astronaute avait une valeur pour le public.
Mais qu’avaient-ils de plus que moi ? Etaient-ils plus beaux ? Je ne sais pas. Plus jeunes ? Certainement. Mais surtout, ils ressemblaient à un homme ou une femme – le directeur général ne ressemble pas à un homme, c’est au mieux un ingénieur, au pire un bureaucrate, mais certainement pas un semblable auquel le public peut s’identifier. Et d’ailleurs, l’astronaute, on lui demande toujours s’il rêve dans l’espace, comment il dort et ce qu’il mange. Moi, on ne m’a jamais posé cette question, jamais !
A la fin de la sélection de 2009, j’ai donc passé une heure avec chacun des derniers dix candidats, huit garçons et deux filles, et j’en ai choisi six – au départ, il fallait en retenir quatre, mais ils étaient tous tellement bons que j’ai persuadé les Etats membres de passer à six, avec la promesse qu’ils voleraient tous avant la fin de la décennie. Nous n’avons même pas parlé d’espace : je voulais mesurer leur dimension humaine, et leur capacité d’être des ambassadeurs, vis-à-vis du public, des jeunes et des milieux politiques.
Thomas Pesquet, je l’ai donc surtout connu comme humain ; au-delà de tout ce qu’il fait, de tout ce qu’il sait faire et de la visibilité que peuvent lui apporter les réseaux sociaux, il a des qualités humaines exceptionnelles, comme tous ses collègues astronautes. Et il faut cette qualité pour arriver à vivre à six durant six mois dans une boîte de conserve !

Jean-Jacques Dordain
Ancien directeur général de l’Agence spatiale européenne

Crédit : S. Corvaja / ESA