Flammes, je vous aime

[3 septembre 2021]

Le 24 août dernier avait lieu la cérémonie d’ouverture des Jeux Paralympiques de Tokyo. Le même jour, l’équipage de la Station Spatiale Internationale posait fièrement avec une des torches du relais olympique en souhaitant bonne chance à tous les athlètes.

Les Jeux Olympiques et le spatial ont une longue histoire grâce aux retransmissions télévisées en direct par satellite depuis 1964.

Il y a eu, avant l’arrivée des premiers satellites, des retransmissions en direct, mais elles étaient locales, comme avec les Jeux de Berlin en 1936 (aux abords du stade olympique à des fins de propagande), ceux de Londres en 1948 (qui se limitaient aux abords du stade de Wembley) et les Jeux d’hiver de 1956 à Cortina d’Ampezzo en Italie (qui étaient les premiers Jeux à être diffusés en Europe en Eurovision – le direct était en différé car les retransmissions se faisaient par réseaux câblés à ce moment-là). Et c’est à partir aussi de 1956, mais cette fois aux Jeux d’été de Melbourne en Australie, que furent instaurés les premiers droits TV de retransmission : les chaînes devaient payer pour retransmettre les épreuves.

C’est véritablement à partir des Jeux d’été de 1960 à Rome, en Italie, et l’avènement de la télévision dans les foyers européens, qu’une retransmission « de masse » des Jeux a pu avoir lieu, toujours en Eurovision et par l’intermédiaire de câbles. Puis vinrent les premiers Jeux Olympiques retransmis par satellite, retransmis en Mondovision.

Du 10 au 24 octobre 1964 se déroulèrent les Jeux d’été de Tokyo – c’était les premiers Jeux en Asie, et pour que la retransmission en direct soit mondiale, principalement du côté du Japon et aux Etats-Unis, un satellite fut spécialement mis en orbite le 19 août 1964 (lancé depuis les Etats-Unis) : Syncom 3. Le succès de ces Jeux fut mondial.

Cinquante-sept ans plus tard, les Jeux sont toujours diffusés en direct grâce aux satellites.

Symbole incontournable des Jeux Olympiques, la flamme (ou torche ou flambeau) est apparue pour la première fois dans les jeux modernes en 1928 à Amsterdam, aux Pays-Bas. Il n’y avait pas encore de relais, qui a été instauré en 1936 à Berlin.

Chaque olympiade (été et hiver) possède sa propre flamme, ainsi que les flammes des relais. Et si la flamme existe depuis près de 100 ans, c’est la quatrième fois seulement qu’elle va dans l’espace.

En juillet 1996, c’est lors de la mission STS-78 avec la navette spatiale Columbia qu’elle embarque pour son premier voyage dans l’espace. Il s’agit pour les Etats-Unis de commémorer les Jeux d’Atlanta, en Géorgie (19 juillet au 4 août). Les membres d’équipage seront aussi des relayeurs de la flamme, dont le Français Jean-Jacques Favier.

Le deuxième vol dans l’espace d’une flamme olympique intervient en mai 2000, à bord de la navette spatiale Atlantis (mission STS-101), qui rejoint la Station Spatiale Internationale. C’est en l’honneur des JO de Sydney (15 septembre au 1er octobre).

C’est pour commémorer le Jeux Olympiques d’hiver de Sotchi en Russie (7 au 23 février 2014) que la flamme va effectuer son troisième. Décollant à bord du Soyouz TMA-11M, le 7 novembre 2013, elle va effectuer une grande première depuis la Station Spatiale Internationale.

En effet, le 9 novembre, les cosmonautes Oleg Kotov et Sergueï Ryazansky sortent dans l’espace avec la flamme : c’est la première fois – et unique fois à ce jour –, qu’une flamme olympique a ainsi été promenée dans le vide spatial.

La flamme redescend sur Terre deux jours plus tard avec l’équipage de Soyouz TMA-9M, dont fait partie l’astronaute de l’ESA Luca Parmitano.

Pour les Jeux de Sotchi, la Russie a énormément communiqué autour de cette flamme. Elle servira à récupérer celle du relais, qui a été ouvert par Valentina Terechkova, la première femme à avoir été dans l’espace (mission Vostok 6, en juin 1963). La cosmonaute fera d’ailleurs partie des porteurs du drapeau olympique lors de la cérémonie d’ouverture, le 7 février 2014. C’est cette encore la flamme revenue de l’espace qui ouvrira les Jeux.

Les Jeux de Sotchi ont été aussi très « spatiaux » car, lors de la cérémonie d’ouverture, un morceau de spectacle était dédié à la conquête de l’espace. Et tous les athlètes qui gagnaient leur épreuve le 15 février (et uniquement ce jour-là) recevait une médaille d’or spéciale, sur laquelle était incrusté un morceau de la météorite tombée au-dessus de la ville de Tchéliabinsk, pile un an plus tôt.

C’est donc la flamme des Jeux Olympiques de Tokyo 2020 qui a été la quatrième à être envoyée dans l’espace. Elle a séjourné à bord de l’ISS en compagnie de deux astronautes japonais qui se sont relayés Satoshi Noguchi (revenu sur Terre en mai dernier) et Akihiko Hoshide (membre de l’Expedition 65 actuelle), tous deux ambassadeurs des Jeux de Tokyo.

Mais le lien entre les Jeux Olympiques et le spatial ne se manifeste pas seulement qu’au travers des flammes ayant voyagé dans l’espace : on pourrait discuter pendant des heures du fait qu’il y a eu des astronautes qui ont été athlètes olympiques avant de devenir astronautes, ou que les tenues portées par l’équipe de snowboard américaine à Pyongchang en 2018 sont inspirées volontairement des tenues d’astronautes de la NASA (notamment la combinaison Apollo).

Pour terminer, la mission Alpha de Thomas Pesquet se retrouve également associée aux Jeux Paralympiques de Tokyo, puisqu’un athlète de l’équipe de France a emporté dans ses bagages un patch, qu’il photographie régulièrement depuis son arrivée à Tokyo en exclusivité pour le présent portail !

Stéphane Sébile

Crédit photos : ESA / JAXA / NASA / Roscosmos/David Auclair