[25 octobre 2021]

Expérimenter ailleurs pour mieux comprendre ici

Aurélie Jean née en 1982, est une scientifique numéricienne (spécialiste de l’analyse numérique des nombres) et une entrepreneuse française spécialisée dans les algorithmes et la modélisation numérique. Elle nous rappelle les intérêts de mener des recherches dans l’espace, comme le fait Thomas Pesquet depuis six mois désormais.

Cher Thomas,

Ce que vous faites et qui vous êtes raisonnent dans les rêves, si nombreux, des enfants que nous sommes et que nous avons été. Découvrir l’inconnu, sortir de son référentiel ou encore baigner dans les étoiles est sans aucun doute le désir timidement avoué de ceux qui vous regardent d’en bas, sur Terre, les poings serrés et les yeux qui brillent, au moment où vous vous envoliez une seconde fois.

Mais ce que je souhaite vous raconter aujourd’hui est différent. À travers cette lettre, je veux dévoiler à tous l’importance de ce que vous réalisez sous microgravité au sein de la Station spatiale internationale, pour mieux comprendre notre monde terrestre sous le poids de l’accélération gravitationnelle.

Au risque de surprendre vos observateurs, la Station internationale est un véritable laboratoire de recherche où des expériences en biologie, en ingénierie, en chimie, voire en sociologie, se croisent et sont conduites à plusieurs centaines de kilomètres de chez nous par des personnes comme vous, dévouées et passionnées. Mais pourquoi donc réaliser de telles expériences sous microgravité ? Tout simplement pour mieux comprendre notre monde. Sous quelle forme l’araignée tisse sa toile dans l’espace ? Comment les cellules humaines se divisent et se multiplient dans la station ? Comment survivent des organismes vivants, mêmes microscopiques, sous contraintes spatiales ?

Toutes ces questions contextualisées dans un environnement différent de celui de notre planète bleue, nous fournissent des indications pertinentes et nouvelles – encore jamais révélées – sur les mécanismes du phénomène en question sur notre terre. Dans le passé, en vingt-trois années d’existence de la station, ce que nous avons appris sur la vie d’une cellule, les relations sociales, la reproduction, ou encore la tenue des matériaux a profondément influencé nos connaissances et nos savoirs sur le monde terrestre dans lequel nous vivons.

En pratique, des astronautes séjournent dans la station avec un agenda précis de l’ensemble des expériences qu’ils doivent conduire pour une ou plusieurs équipes de recherche sur Terre. Même si certaines expériences peuvent être réalisées sur Terre avec des systèmes mécaniques permettant de simuler la microgravité, elles ne peuvent pas être mises à l’échelle facilement et restent limitées en temps et en espace. La Station spatiale internationale est alors la solution.

J’ai découvert cet univers il y a plus de dix ans, en collaborant avec le Dr. Lisa Freed du MIT, qui fut à la tête d’un projet de recherche qui impliquait la première croissance de tissu de cartilage osseux dans l’espace, au sein de la station Mir en 1996. À l’époque, la Nasa s’intéressait de près à la fragilisation de la structure osseuse des astronautes après un séjour dans la station. Depuis, je ne cesse d’ouvrir mes yeux et mes oreilles à la moindre annonce scientifique issue de l’espace, dont celles de la mission Alpha que vous menez aujourd’hui.

Merci pour tout ce que vous réalisez pour la science, la recherche, et le devenir de notre civilisation que nous comprenons mieux…. grâce à vous.

Aurélie Jean

Crédit photo : Frédéric Monceau