De l’intérêt des vols de longue durée

[1er juin 2021]

La mission « One Year » de l’astronaute américain Scott Kelly et de son collègue russe Mikhaïl Kornienko avait duré 339 jours (du 27 mars 2015 au 1er mars 2016). Elle avait particulièrement été mise en avant par la Nasa, et a donné lieu à un passionnant livre de souvenirs de Scott Kelly, intitulé Mon odyssée dans l’espace – 340 jours en orbite, et paru aux Arènes en 2018. L’astronaute y racontait son quotidien à bord de la Station spatiale internationale, avec ses joies mais aussi ses souffrances, physiques et psychologiques.
Avant ce vol qui reste inédit à bord de l’ISS, d’autres missions de longue durée ont été réalisées par les Soviétiques, à bord des stations orbitales Saliout puis de la station Mir : on se souvient des 379 jours des Sergueï Avdeïev (en 1999), des 366 jours de Moussa Manarov et Vladimir Titov (en 1987), ou des 437 jours du docteur Valéri Poliakov (du 8 janvier 1994 au 22 mars 1995). Ce dernier détient toujours le record de longévité à ce jour.

Mars en ligne de mire
Mais pourquoi envoyer des astronautes aussi longtemps dans l’espace ? Les astronautes ne sont pas que des opérateurs extrêmement polyvalents pour les expériences scientifiques et la maintenance des vaisseaux spatiaux : ils sont également des cobayes, et l’observation des effets d’un séjour prolongé dans l’espace peut notamment aider à envisager le grand voyage vers Mars en garantissant leur sécurité physique et psychique.
Sachant qu’un vaisseau de transport d’équipage Soyouz est conçu pour séjourner jusqu’à six mois dans l’espace, la rotation des équipages à bord de l’ISS a longtemps été calée en fonction de cette capacité – l’arrivée des vaisseaux privés américains Crew Dragon et Starliner ne devrait pas trop bouleverser l’organisation en place. De ce fait, les médecins et les psychologues commencent à bien connaître l’impact d’un vol de six mois sur les équipages ; mener des études sur des séjours deux fois plus longs reste rare mais intéresse les scientifiques car, compte tenu des technologies actuellement disponibles, un voyage habité vers la planète Mars, s’il était entrepris prochainement, devrait durer plus d’un an. Il pourrait suivre le scénario suivant : quatre mois de voyage aller, un à deux mois d’exploration sur place, puis quatre mois de voyage retour. Il est donc important d’étudier les effets physiologiques et psychologiques d’un voyage aussi long pour les voyageurs spatiaux qui l’entreprendraient.

Un corps à protéger
N’étant plus soumis à la pesanteur terrestre, le corps dans l’espace devient assez rapidement « extra-terrestre », et de nombreux changements sont observés : au niveau musculaire, osseux, urinaire, digestif, cardio-vasculaire, visuel, immunitaire, vestibulaire, hormonal… Sans oublier l’impact psychologique et social dû au confinement dans une vaisseau spatial.
Outre l’observation scientifiques, l’intérêt des « répétitions » de longues missions en orbite terrestre permet d’élaborer puis d’évaluer ce que l’on nomme des contre-mesures. Celles-ci sont des méthodes, physiques (le sport par exemple) ou pharmacologiques (des médicaments), qui vont servir à minimiser ces effets néfastes de l’absence de pesanteur sur le corps humain.
Le but ultime est de faciliter le retour sur Terre des équipages.

Docteur Guélove Nolevaux

Crédit photo : Bill Ingals / NASA