DART : Pour défendre la planète

C’est dans la nuit du 23 Novembre 2021 que la NASA a lancé à partir de la Californie à l’aide d’un lanceur Falcon-9 de SpaceX (qui avait déjà été utilisé deux fois !), une mission originale : Percuter un astéroïde géocroiseur situé à plus de 10 millions de km de nous. Ce devrait être en fait une mission test pour étudier les différentes options d’évitement qui s’offrent à nous en cas de détection d’astéroïdes se précipitant vers la Terre. Justement cette mission a été baptisée DART acronyme de Double Asteroid Redirection Test, test de redirection d’un astéroïde double.

La Falcon-9 sur le pas de tir de Vandenberg. Crédit : NASA

Que pouvons-nous dire sur cette mission DART (on rappelle que DART veut dire fléchette en anglais, le célèbre jeu que l’on joue dans tout bon pub anglais !): C’est le JHUAPL (celui de la mission New Horizons par ex) qui a la charge de l’impacteur et c’est SpaceX qui se charge du lancement avec une Falcon 9, depuis la base de Vandenberg en Californie sur une orbite polaire.

La sonde DART est placée dans l’atelier de SpaceX sur le site de lancement. On remarque le panneau solaire ROSA, enroulé, et le disque gris qui est l’antenne radiale grand gain RLSA. Crédit : NASA/Johns Hopkins APL/Ed Whitman

Une autre belle vue.

C’est une répétition de ce que l’on pourrait essayer de faire pour lutter contre un tel impact. DART est un impacteur cinétique, comme l’avait été la mission Deep Impact il y a quelques années en 2005, avec la comète Tempel 1. On n’avait d’ailleurs pas noté de changement notable de l’orbite à cette occasion. Cette fois-ci on s’attaque à un système binaire de petits astéroïdes : Didymos (800 m) et sa lune Dimorphos (150 m). La petite lune effectuant son orbite autour du corps central en 11 h et 55 min. Voici une vue radar de cet astéroïde double.

Crédit : NASA/Arecibo

Vue d’artiste de la mission DART. La sonde va impacter Dimorphos et sera observée par le mini satellite caméra et depuis la Terre. Credit: NASA/JHUAPL

L’idée est d’impacter le petit satellite Dimorphos à 6,6 km/s avec DART (près de 600 kg) et de voir l’influence que cela produit sur les orbites des deux corps. L’impact est prévu dans une dizaine de mois (vers sept ou oct 2022), alors que les deux astéroïdes seront à 11 millions de km de nous. La sonde DART est équipée d’un panneau solaire enroulant ROSA (Roll Out Solar Arrays), comme le modèle installé sur l’ISS il y a quelques mois par Thomas Pesquet et ses collègues.

Photo de ce panneau test monté sur l’ISS. Crédit : NASA/ESA

Une caméra à bord (DRACO) sera chargée de filmer l’impact depuis l’impacteur. Une mini caméra éjectée de DART à bord d’un mini satellite CubeSat italien ( LICIACube acronyme de Light Italian CubeSat for Imaging Asteroids) devrait filmer l’impact et nous transmettre ses images. Avec un peu de chance, on devrait aussi depuis la Terre imager l’impact.

Que dire encore, la sonde est équipée d’un moteur ionique au Xénon, version améliorée du moteur qui était à bord de la sonde Dawn. Ce moteur porte le nom de NEXT-C, acronyme de NASA Evolutionary Xenon Thruster – Commercial. Cette mission est importante dans le cadre de la défense planétaire de la planète pour essayer de dévier un astéroïde de sa course.

Les scientifiques ont calculé que cet impact (DART a une masse de 600 kg) devrait changer la vitesse orbitale de Didymos de 0,4 mm/s ce qui devrait ainsi altérer la vitesse orbitale de son compagnon Dimorphos de 0,5 mm/s, sa période orbitale devant se réduire théoriquement de approx. 10 minutes. Cela peut ne pas paraitre énorme, mais au cours du temps c’est ce qui peut faire la différence entre un choc avec la Terre ou l’évitement. En frappant le petit satellite, on ne prend aucun risque de modifier grandement l’orbite du plus gros astéroïde.

Pour information, Didymos, bien que géocroiseur, n’est pas un astéroïde dangereux pour notre planète et l’impact n’aura aucune influence sur un futur éventuel danger.

DART étant une mission suicide, elle n’emporte que très peu d’instruments : un suiveur d’étoiles et une caméra de 20 cm d’ouverture pour la navigation.

De même l’ESA va lancer sa mission HERA qui pourrait se rendre aux environs de Didymos en 2026 afin d’observer l’astéroïde dévié, de mesurer sa masse et de cartographier à haute résolution le cratère laissé par l’impact avec DART.

Une belle infographie de la NASA et de l’AFP sur la mission.

Ce test devrait préparer l’humanité à une éventuelle collision spatiale, même si aucune menace n’a été détectée pour le moment.

Justement, sur les menaces éventuelles des astéroïdes et comètes.

On a identifié tous les gros astéroïdes dangereux, ceux de 10 km ou plus, ils sont peu nombreux et se comptent sur les doigts d’une main. Pour le moment, et même pour les prochaines quelques millions d’années, il n’y a pas de danger.

Par contre, les objets intermédiaires, de l’ordre du km, sont plus nombreux, un millier. Ils sont à cause de la quantité, plus dangereux, la probabilité de collision est de l’ordre de la centaine de milliers d’années. Ils sont connus et aucun danger imminent n’est signalé.

Les astéroïdes de la centaine de mètres, sont extrêmement nombreux, plusieurs dizaines de milliers et ils ne sont pas tous répertoriés. Ils s’approchent de nous plus souvent que les plus gros, c’est surtout contre eux que l’on doit se défendre. Et c’est à cette occasion que la mission DART a été construite. Ils ne détruiraient pas la planète, mais la région de l’impact serait dévastée à jamais. On espère donc beaucoup apprendre de cette mission et de la mission Hera.

Une vidéo explicative du JHUAPL.

Jean-Pierre Martin – SAF
www.planetastronomy.com