OBSERVER MERCURE
DEVANT LES SOLEIL LE 9 MAI 2016

Le précédent passage visible en France a eu lieu le mercredi 7 mai 2003, dans d’excellentes conditions en première partie de journée. Celui qui a suivi le 8 novembre 2006 nous était totalement invisible en métropole. C’est donc l’occasion d’observer ce phénomène assez rare, avant le 7 novembre 2039, pour retrouver un passage complètement visible en France. Le prochain en 2019 sera en partie visible… Les médias vont annoncer le phénomène au début du mois de mai, en suscitant la curiosité du public. C’est le moment de se rapprocher des clubs d’astronomie qui disposent des équipements adaptés à l’observation du Soleil.


LES METHODES D’OBSERVATION

1 – par projection (avec de petits instruments de 80 à 115 mm de  diamètre)

La planète Mercure, de taille et de masse comparables à celles de la Lune, bien que supérieures, est un astre de petite taille difficile à observer, compte tenu de sa plus grande distance.
Pour cela il faut disposer d’instruments bien préparés. La méthode classique de projection du Soleil sur un écran, avec l’aide d’une lunette ou d’un télescope, offre une observation collective très appréciée. Cette méthode simple, demande pour l’occasion, à être optimisée pour avoir une chance de voir une minuscule tache sombre défiler devant le soleil. La planète aura un diamètre angulaire de 12’’ d’arc soit 1/160 ème du diamètre angulaire solaire. Sur une image projetée du Soleil ayant 160 mm de diamètre, Mercure apparaîtrait donc comme un point de 1 mm de diamètre seulement. Il faut espérer un ciel pur sans voile d’aucune sorte.
Pour améliorer le contraste, on aura pris soin de placer un grand carton juste percé d’un passage pour l’objectif de la lunette. Ainsi l’image du Soleil sera dans une zone de pénombre plus confortable pour l’ œil .
On opèrera de même avec un télescope de type Newton, en aménageant un espace assombri autour de l’image projetée, celle-ci étant obligatoirement, d’après la nature du télescope, renvoyée dans une direction à 90° de celle du Soleil.
Afin d’obtenir une image très agrandie du Soleil, allant jusqu’à 70 cm de diamètre, voire 1 m, on peut utiliser une méthode encore plus intéressante. Elle consiste à ne faire sortir d’une fenêtre, d’un local fortement assombri par rideaux ou système de volets, que l’objectif d’une lunette.
Chacune de ces techniques aura été testée bien à l’avance pour être fin prêt. Il en est de même pour les autres recommandations qui suivent.
Dans tous les cas, on choisira un oculaire d’initiation de type « Huygens » avec intérieur en laiton et non en PVC qui ne supporterait pas le moindre échauffement.
Cette méthode demande de diaphragmer l’ouverture, lors des phases de visée du Soleil. On aura pris le soin de neutraliser le chercheur en le remplaçant par un système de < rétro visée > par jeu de l’ombre d’une tige sur un écran dans l’axe de l’instrument. (Voir l’image 2).
On accède à l’alignement recherché en étant dos au Soleil. A chacun de préparer son système dès ce printemps.

2 – avec un filtre au 1/100 000 en transmission, bien fixé devant l’objectif

a. Observation classique collective avec une lunette astronomique ou un télescope : si on dispose d’un tel filtre pleine ouverture, en pratiquant un grossissement raisonnable proche du grossissement résolvant, on profitera d’une image bien contrastée, révélant tous les fins détails accessibles à l’œil. Ces filtres visuels, en verre recouvert d’une fine couche métallique, sont disponibles pour chaque type d’instrument, chez les revendeurs de matériel astronomique. Cet investissement, de l’ordre de 100 à 150€, assure sécurité pour l’ oeil et qualité des images pour des années. De plus, cette disposition évite tout risque d’échauffement à l’intérieur de l’instrument. C’est le prix pour une sécurité optimale offrant la tranquillité à l’animateur en observation publique.

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Télescope avec filtre solaire en verre.

Moins onéreux est l’achat d’un film de mylar de densité 5, ne laissant passer lui aussi que 1/100 000 de la lumière solaire. Le point faible est la fragilité du film qui pourrait se déchirer en cas de choc. Par expérience cette technique, mise en ouvre sur les optiques de téléobjectifs, donne de bons résultats même avec une ondulation en surface.
b. imagerie collective avec une lunette astronomique ou un télescope : aujourd’hui, les APN ont remplacé les boîtiers argentiques. Munis de téléobjectifs filtrés, on les relie à un ordinateur, lui même en relais vers un vidéo projecteur. Ainsi on élargit la vision phénomène à des groupes de personnes, tout en faisant des acquisitions d’images. La technologie aidant, les plus jeunes avec leur téléphones portables qui font plus que téléphoner, nous étonnent souvent en captant des images intéressantes, à l’oculaire.

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Lunette filtrée avec film de mylar.

De même, les petites caméras développées en remplacement des webcams de la décennie passée, font des merveilles au foyer d’instruments filtrés pleine ouverture. Le tout sera éventuellement relié à un ordinateur pour l’ acquisition d’ images à partager. Compte-tenu de la taille du capteur, cette nouvelle technique ne restituera qu’une partie du Soleil avec la planète Mercure qui défilera lentement. Pour des questions de visée il est presque indispensable, dans ce cas, d’avoir une monture équatoriale motorisée offrant des réglages fins.

Enfin, les utilisateurs de camescopes analogiques ou numériques peuvent également filmer derrière un oculaire de grande focale, en disposant un raccord opaque entre les deux instruments. La définition dans ce cas restera liée à la qualité du capteur. Voici donc un bref aperçu des techniques, qui nous sont offertes aujourd’hui en terme d’images, qui pourront faire l’objet d’un montage final.


3 – en lumière H alpha

Depuis 2004 de nombreux amateurs se sont équipés du fameux PST ( personal solar telescope) de 40 mm d’ouverture et de 400 mm de focale. Ce petit instrument équipée d’un interféromètre de Fabry Pérot, offre une vision en lumière rouge révélatrice de la raie dominante de l’atome d’hydrogène. On accède aux protubérances vues sur le limbe et aussi en projection, aux facules et à la chromosphère, grâce à la bande passante très fine. De nombreux amateurs ont optimisé leur PST de base, en le démontant pour l’installer sur des lunettes de plus grande focale, à condition de filtrer convenablement l’objectif. Le minuscule disque de Mercure, sera accessible à cette petite lunette avec en prime, la vision des protubérances.


RAPPEL : Il faut S’INTERDIRE les minuscules filtres, notés (SUN), qui étaient généralement vendus avec les petits appareils du commerce.  Vissés sur les oculaires et placés tout près de l’image solaire que donne l’objectif, ils risquent d’éclater subitement en exposant l’œil à de graves brûlures rétiniennes irréversibles et ceci sans la moindre sensation de douleur ! On ne peut que recommander, la lecture du chapitre 4, très riche en informations, sur le site de l’IMCCE. Il concerne l’observation des éclipses de Soleil.


Image du PST ? est-ce possible si ce n’est une publicité

La société Coronado a décliné d’autres lunettes sur ce même principe, avec toujours un filtre ERF en entrée, pour des diamètres supérieurs, des réglages plus poussés donnant des images de grande définition, mais avec un budget bien supérieur. Il en est de même avec un autre constructeur américain : la société Lunt qui offre une panoplie de télescopes solaires de 50 à 100 mm d’ouverture. Nul ne doute que ces instruments nouveaux feront le bonheur des observateurs de ce lundi 9 mai 2016, à condition que le ciel soit au rendez-vous. On n’oubliera pas pour autant les méthodes classiques du début de ce sujet, où l’on pourra s’essayer à apprécier la différence d’aspect entre les taches solaires si elles sont présentes et Mercure nous montrant son côté nuit. Cette différence était évidente, en observation visuelle, lors du passage de Vénus devant le Soleil en 2004…